Son opinion sur l'esclavage ne le repousse pas; il ne tend qu'à l'adoucir.
Celle sur les mariages est très-peu chrétienne et très-libre: il admet la réclusion des femmes dans les États conservateurs.
Tout ce qu'il dit sur la famille, en Orient, est dépourvu de notions vraies et justes. Ce n'est pas la loi, c'est la religion qui y protége le sexe faible.
Ce qu'il dit des causes de la population relative est également erroné. Ce n'est point la fertilité du sol qui règle la population; c'est la sécurité, la liberté, l'industrie. Telle création d'une industrie vaut une adjonction immense de territoire. Le travail favorisé et garanti vaut un empire. Voyez la Hollande à demi submergée! voyez l'Angleterre! voyez la Chine! ses quatre cents millions d'hommes sont la récompense de la sagesse miraculeuse de ses lois! Montesquieu n'y a rien compris!
XXI
Ce qu'il dit de l'influence du terrain sur la population n'est pas moins démenti par les faits. La seule population du Céleste Empire dépasse les populations réunies de l'Europe, de l'Afrique et de l'Amérique. (Quatre cents millions d'habitants vivant jusqu'ici sous une même loi.)
«Les nations qui ne cultivent pas la terre, ajoute-t-il, n'ont point de luxe.»
Voyez, en démenti de cet axiome, le luxe prodigieux de Carthage,—et celui du Tyr!—L'industrie et le commerce par la navigation produisent mille fois plus de richesses et de luxe (qui est l'abus des richesses) que la vie pastorale et agricole.
Ne lisez Montesquieu que l'histoire à la main. Elle le dément presque à toutes les lignes. L'homme est ingénieux, mais il n'est pas sûr.
De temps en temps, il voit juste, comme dans cette allusion à la France: