«Est-ce votre amour que vous regrettez? Ma fille, il faudrait autant pleurer un songe. Connaissez-vous le cœur de l'homme, et pourriez-vous compter les inconstances de son désir? Vous calculeriez plutôt le nombre des vagues que la mer roule dans une tempête.»
M. Joubert, un de ses amis de ce temps, écrivait confidentiellement à madame de Beaumont, son idole:
«Il y a un charme, un talisman que tient un doigt de l'ouvrier. Il l'aura mis partout, parce qu'il a tout manié.»
C'était vrai: l'amour avait tout consacré dans ce premier livre de Chateaubriand. Il éclata comme la foudre du désert; il ne dura pas autant que Paul et Virginie, qui dure encore et qui durera toujours. Ce n'était que le chef-d'œuvre de l'art, Virginie était le chef-d'œuvre de la nature. Cependant, c'est encore avec René, la plus belle apparition du génie après la Révolution.
XXIII
Les critiques sont comme les mouches qui s'attachent sur les raisins cueillis dans le panier de la vendange, parce qu'ils sont parfumés et sucrés. Ils se jetèrent sur Atala.
On ne les écouta pas.
Les artistes furent plus désintéressés:
Girodet peignit son immortel tableau, les Funérailles d'Atala, multiplié par la gravure.
Atala, inerte et la tête appuyée sur quelques fleurs, est portée dans la grotte qui va lui servir de tombeau. Le vieux prêtre, le père Aubry, marche comme un vieillard expérimenté de la mort. L'amant les accompagne, stupéfié par la douleur. Il partira après la sépulture. Il laisse son âme dans le suaire d'Atala.