XXIV
M. de Sainte-Beuve parle avec un juste dédain de ces critiques de l'abbé Morellet et de Marie-Joseph Chénier.
«La même rencontre, dit-il, la même méprise se reproduit presque toutes les fois qu'un homme de génie apparaît en littérature. Il se trouve toujours sur son chemin, à son entrée, quelques hommes de bon esprit d'ailleurs et de sens, mais d'un esprit difficile, négatif, qui le prennent par ses défauts, qui essayent de se mesurer avec lui avec toutes sortes de raisons dont quelques unes peuvent être fort bonnes et même solides. Et pourtant ils sont battus, ils sont jetés de côté et à la renverse: d'où vient cela? c'est qu'ils ont affaire à un Génie.
«Ils ne s'en doutaient pas, et c'est par là qu'ils sont battus. La première supériorité du critique est de reconnaître l'avénement d'une puissance, la venue d'un Génie.
«Jeffrey n'a pas compris Byron. Fontanes a compris Chateaubriand, et n'a pas compris Lamartine.»
Je dirais bien pourquoi M. de Fontanes me fut contraire:
Premièrement il écrivait en vers, et moi aussi, de là une involontaire rivalité.
Secondement, il avait été lié avant moi avec la personne que j'idolâtrais. Il dut le savoir et en conserva quelque amertume. Je ne le connus jamais. Cependant j'obtins un jour un billet de faveur pour une séance de l'Institut, où il devait réciter des vers en l'honneur de Chateaubriand.
FIN DU CLXIe ENTRETIEN.
Paris.—Typ. de Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du Four-St-Germain, 43.