«Ainsi les maîtres de la lyre
Partout exhalent leurs chagrins;
Vivants, la haine les déchire,
Et ces dieux que la terre admire
Ont peu compté de jours sereins.
«Longtemps la gloire fugitive
Semble tromper leur noble orgueil;
La gloire enfin pour eux arrive,
Et toujours sa palme tardive
Croît plus belle au pied d'un cercueil.
«Torquato, d'asile en asile,
L'envie ose en vain t'outrager;
Enfant des muses, sois tranquille,
Ton Renaud vivra comme Achille:
L'arrêt du temps doit te venger.
«Le bruit confus de la cabale
À tes pieds va bientôt mourir;
Bientôt à moi-même on t'égale,
Et pour la pompe triomphale
Le Capitole va s'ouvrir.»
—Virgile a dit. Ô doux présage!
À peine il rentre en son tombeau,
Et le vieux laurier qui l'ombrage,
Trois fois inclinant son feuillage,
Refleurit plus fier et plus beau.
Les derniers mots que l'Ombre achève
Du Tasse ont calmé les regrets:
Plein de courage il se relève,
Et tenant sa lyre et son glaive,
Du destin brave tous les traits.
Chateaubriand, le sort du Tasse
Doit t'instruire et te consoler;
Trop heureux qui, suivant sa trace,
Au prix de la même disgrâce,
Dans l'avenir peut t'égaler!
Contre toi, du peuple critique,
Que peut l'injuste opinion?
Tu retrouvas la Muse antique
Sous la poussière poétique
Et de Solime et d'Ilion.
Bien que très-sensible à l'harmonie des vers, cette généreuse déclamation de M. de Fontanes ne m'émut pas, le poëte ressemblait trop à un homme d'État. Il n'y avait en lui du poëte que la pompe, aucune grâce. La délicatesse est le symptôme de l'esprit.
On applaudit, mais faiblement. Les vers étaient purs, l'intention honorable, mais Fontanes avait perdu sa popularité par l'enthousiasme déplacé qu'il manifestait en toute occasion pour les Bourbons restaurés, oubliant trop vite qu'il avait saturé d'encens Bonaparte. La décence est la vertu des changements de scènes politiques.