«Qu'il ne prouve pas, qu'il enchante; qu'il file la soie de son sein, qu'il pétrisse son miel, qu'il chante son propre ramage, il a son arbre; qu'a-t-il besoin de citations et de ressources étrangères?»
Chateaubriand l'écouta trop tard et revint à ses magiques descriptions.
Lisez la description du rossignol et celle du nid de bouvreuil dans un rosier.
«Lorsque les premiers silences de la nuit et les derniers murmures du jour luttent sur les coteaux, au bord des fleuves, dans les bois et dans les vallées; lorsque les forêts se taisent par degrés, que pas une feuille, pas une mousse ne soupire, que la lune est dans le ciel, que l'oreille de l'homme est attentive, le premier chantre de la création entonne ses hymnes à l'Éternel. D'abord il frappe l'écho des brillants éclats du plaisir: le désordre est dans ses chants, il saute du grave à l'aigu, du doux au fort; il fait des pauses, il est lent, il est vif: c'est un cœur que la joie enivre, un cœur qui palpite sous le poids de l'amour. Mais tout à coup la voix tombe, l'oiseau se tait. Il recommence! Que ses accents sont changés! Quelle tendre mélodie! Tantôt ce sont des modulations languissantes, quoique variées; tantôt c'est un air un peu monotone, comme celui de ces vieilles romances françaises, chefs-d'œuvre de simplicité et de mélancolie. Le chant est aussi souvent la marque de la tristesse que de la joie: l'oiseau qui a perdu ses petits chante encore; c'est encore l'air du temps du bonheur qu'il redit, car il n'en sait qu'un; mais, par un coup de son art, le musicien n'a fait que changer la clef, et la cantate du plaisir est devenue la complainte de la douleur.»
«Il ressemblait à une conque de nacre, contenant quatre perles bleues: une rose pendait au-dessus, tout humide: le bouvreuil mâle se tenait immobile sur un arbuste voisin, comme une fleur, de pourpre et d'azur. Ces objets étaient répétés dans l'eau d'un étang avec l'ombrage d'un noyer, qui servait de fond à la scène et derrière lequel on voyait se lever l'aurore. Dieu nous donna, dans ce petit tableau, une idée des grâces dont il a paré la nature.
«Ce n'est pas toujours en troupes que ces oiseaux visitent nos demeures: quelquefois deux beaux étrangers, aussi blancs que la neige, arrivent avec les frimas: ils descendent, au milieu des bruyères, dans un lieu découvert, et dont on ne peut approcher sans être aperçu; après quelques heures de repos, ils remontent sur les nuages. Vous courez à l'endroit d'où ils sont partis, et vous n'y trouvez que quelques plumes, seules marques de leur passage, que le vent a déjà dispersées: heureux le favori des Muses qui, comme le cygne, a quitté la terre sans y laisser d'autres débris et d'autres souvenirs que quelques plumes de ses ailes!»
XXX
C'est ainsi que, de descriptions en descriptions magnifiques, l'auteur arrive à la fin de son livre où la poésie occupe plus d'espace que la religion, et dont le vrai titre serait le Christianisme poétique. Mais le temps voulait cela.
Il s'agissait de charmer et de ramener le cœur. On le ramène par les larmes et non par la logique. La France fut et resta émue. Le christianisme resta vainqueur par l'admiration.
Il voulut mettre le comble à son attendrissement en donnant comme complément René, le Werther de ce Gœthe français. Il y réussit mille fois plus encore. Il s'agissait du vague des passions. Le christianisme s'associait divinement à la cure, et, sous un voile transparent qui laissait conjecturer une passion doublement immorale, il donnait une page suspecte de ses Mémoires personnels, purifiée par la douleur et par la religion. Ce fut le sceau de cet admirable livre.