«En Égypte, j'étais toujours frappé quand je voyais les cheiks tomber à genoux au milieu du désert, se tourner vers l'orient, et toucher le sable de leur front. Qu'était-ce que cet inconnu qu'ils adoraient vers l'orient?»

Puis, s'interrompant lui-même et passant sans transition à un autre sujet:

«Le christianisme, dit-il, les idéologues n'ont-ils pas prétendu en faire un système d'astronomie? Quand cela serait, croient-ils me persuader que le christianisme est petit? Si le christianisme est l'allégorie du mouvement des sphères, la géométrie des astres, les esprits forts ont beau faire, malgré eux ils ont encore laissé assez de grandeur à son culte!»

Et il s'éloigna.

XLI

Après avoir vu Murat à Milan, il reprit sa route. Il arriva à Rome le 27 juin. Mon ami, M. Artau, le conduisit à Saint-Pierre.

«Il sentait le besoin d'un effet, me dit Artau, ne pouvant pas le sentir, il l'affecta.»

Il s'assit sur le rebord en pierre du jet d'eau en face du portail, entre les obélisques égyptiens, et, plaçant sa main sur sa poitrine, il dit à Artau: «J'ai soif!» et demeura silencieux dans une contemplation évidemment simulée. Artau le comprit, et ne dérangea pas son enthousiasme.

On le logea chez le cardinal Fesch, au dernier étage du palais.

«N'ayant rien à faire dans ma chambre aérienne, dit-il, je regardais par-dessus les toits, dans une maison voisine, des blanchisseuses qui me faisaient des signes; une cantatrice novice exerçant sa voix me poursuivait d'un solfége éternel, heureux quand il passait quelque enterrement pour me désennuyer. Du haut de ma fenêtre, je vis dans l'abîme de la rue le convoi d'une jeune mère; on la portait, le visage découvert, entre deux files de pèlerins blancs; son nouveau-né, mort aussi et couronné de fleurs, était couché à ses pieds.»