«Je veux racheter par ma vie entière les peines que je vous ai données pendant deux ans.»

Cette époque est triste, malgré le pardon généreusement accordé par madame Récamier. Tout se ressoude dans la vieillesse, excepté les cœurs brisés par les déchirements de l'affection. L'amour est un dieu sans miséricorde, parce qu'il est absolu.

LXV

Après ces jours d'égarement à la fois personnel et politique, madame Récamier passa deux ans en Italie. La correspondance entre elle et son infidèle adorateur fut quelque temps amère, puis froide, puis languissante, puis affectée.

Les événements politiques se déroulèrent et placèrent, comme nous l'avons dit, M. de Chateaubriand à la tête de la coalition des mécontents de tous les partis pour en former le parti de la ruine des royalistes.

Louis XVIII mourut en roi; Charles X fut quelques jours populaire. Chateaubriand profita de cette détente des opinions pour se réconcilier avec le roi nouveau et avec sa fortune évanouie. On ne lui marchanda pas les conditions. Il redevint ambassadeur à Rome avec toutes les faveurs pécuniaires qu'il put désirer.

Sa liaison avec madame Récamier redevint intime. Le pape mourut; il eut au conclave le succès que désirait la France: l'élection d'un souverain pontife modéré et royaliste.

Aucun ministère ne l'inquiéta en France. On ne semblait occupé qu'à se débarrasser de sa présence à Paris, pour éviter ses rivalités d'ambition qui auraient compliqué les difficultés du règne. Ce furent les belles années de sa vie publique, son exil victorieux, qui lui permettait d'accorder à ses ennemis des ministères une trêve honorable. Charles X ne l'aimait pas et ne songeait point à le rappeler à la tête des affaires, où il le croyait dangereux.

Il s'occupait à faire les honneurs de la France à Rome. M. de la Ferronnays, son ami, tenait le gouvernail des affaires étrangères, à Paris. Ce ministère neutre, et respecté des deux partis, servait de prétexte à Chateaubriand pour ne point ébranler les hommes du cabinet; mais M. de la Ferronnays étant tombé malade, les rivalités semblèrent près de renaître. Un ministère intérimaire de trois mois, sous M. Portalis, fut remplacé par le ministère du prince de Polignac, annonçant un coup d'État. M. de Chateaubriand donna sa démission et voulut parler au roi; le roi refusa de le recevoir. Les journées de Juillet emportèrent la monarchie et le monarque. Le flot de la révolution passa, comme de coutume, par-dessus la coalition qui l'avait provoquée.

La situation trompée fut embarrassante; ses compromissions trop éclatantes avec la légitimité lui rendaient impossible son adhésion au nouveau gouvernement. Ses professions de foi et d'amour à la liberté de la presse ne lui permettaient pas de s'unir à la déclaration de haine à la presse, prélude des ordonnances de Juillet.