Je ne veux en citer qu'un mémorable chapitre, chapitre complet; car il fait pleurer autant que penser. Écoutez et admirez! Jamais Chateaubriand n'a délayé plus de larmes dans plus de couleurs:
AUX INFORTUNÉS
«Ce chapitre n'est pas écrit pour tous les lecteurs:
plusieurs peuvent le passer sans interrompre le fil de cet ouvrage. Il est adressé à la classe des malheureux; j'ai tâché de l'écrire dans leur langue, qu'il y a longtemps que j'étudie.
«Celui-là n'était pas un favori de la prospérité qui répétait les deux vers qu'on voit à la tête de ce chapitre. C'était un monarque, le malheureux Richard II, qui, le matin même du jour où il fut assassiné, jetant à travers les soupiraux de sa prison un regard sur la campagne, enviait le pâtre qu'il voyait assis tranquillement dans la vallée auprès de ses chèvres.
«Quelles qu'aient été tes erreurs, innocent ou coupable, né sur un trône ou dans une chaumière, qui que tu sois, enfant du malheur, je te salue: Experti invicem sumus, ego ac fortuna.
«On a beaucoup disputé sur l'infortune comme sur toute autre chose. Voici quelques réflexions que je crois nouvelles.
«Comment le malheur agit-il sur les hommes? Augmente-t-il la force de leur âme? La diminue-t-il?
«S'il l'augmente, pourquoi Denys fut-il si lâche?
«S'il la diminue, pourquoi la reine de France déploya-t-elle tant de fortitude?