XXIII
Mais à peine la paix était-elle rétablie par l'intervention de madame de Maintenon entre Bossuet et Fénelon, que de nouvelles causes de discussion s'élevèrent entre eux. Madame Guyon s'évada secrètement du couvent où Bossuet lui avait offert un asile sûr et affectueux à Meaux. Ce dernier sollicita du roi l'arrestation de madame Guyon. Le roi la fit découvrir dans Paris et enfermer dans une maison de fous. Fénelon, alors à Cambrai, apprit avec douleur que son amie venait d'être transférée à Vincennes. On la transféra, après plusieurs interrogatoires, dans une maison cloîtrée de Vaugirard, sous la surveillance du curé de Saint-Sulpice.
XXIV
Fénelon, placé par la rigidité de ses adversaires entre le crime de condamner ce qu'il croyait innocent et le danger de susciter sur sa propre tête les foudres de Bossuet, et pour enlever à celui-ci tout prétexte aux incriminations, écrivit son livre des Maximes des Saints.
C'était la justification, par les textes tirés des livres et des opinions même des oracles de l'Église, de l'amour désintéressé de Dieu.
Il soumit humblement, page par page, son manuscrit à la censure de monseigneur de Noailles, successeur de M. de Harlay, archevêque de Paris, qui l'engagea à ne le communiquer qu'à ses théologiens, sans en parler à Bossuet.
Celui-ci s'indigna au bruit de la prochaine publication d'un livre dont on lui avait dérobé le secret. La justification de Fénelon parut un crime contre l'autorité de l'oracle de l'Église de France. Le roi prit parti pour le chef de l'épiscopat. Tout le monde s'éloignait de Fénelon. Il était à Versailles aussi isolé qu'à Cambrai, attendant chaque jour l'ordre de s'éloigner de la cour. Ce fut dans cette angoisse qu'un incendie dévora son palais épiscopal de Cambrai, les meubles, les livres, les manuscrits qu'il contenait. Il reçut ce coup avec sa sérénité habituelle. «J'aime mieux, dit-il à l'abbé de Langeron qui accourut pour lui apprendre ce malheur, que le feu ait pris à ma maison plutôt qu'à la chaumière d'une pauvre famille.»
Cependant Bossuet fulminait de sévères censures contre le livre de Fénelon, à qui le roi enjoignit de quitter Versailles et de se rendre à Cambrai, sans s'arrêter à Paris. Il lui fut défendu d'aller à Rome solliciter un jugement du pape sur ces doctrines, et le roi écrivit au souverain pontife pour lui demander une condamnation de l'archevêque de Cambrai, s'engageant à la faire exécuter par toute son autorité royale.
XXV
La séparation de Fénelon et du duc de Bourgogne, son élève, déchira les deux cœurs. Le duc de Bourgogne se jeta en vain aux pieds du roi, son aïeul: «Non, mon fils, répondit le roi, je ne suis pas maître de faire de ceci une affaire de faveur. Il s'agit de la sûreté de la foi; Bossuet en sait plus dans cette matière que vous et moi.» Madame de Maintenon affligée, mais d'autant plus inexorable qu'elle avait été plus complice, refusa de recevoir Fénelon.