«Il est temps de se faire aimer, craindre, estimer! Il faut de plus en plus tâcher de plaire au roi, de s'insinuer dans son cœur, de lui faire sentir un attachement sans bornes, de le ménager, de le soulager par des assiduités et des complaisances convenables. Il faut devenir le conseil du roi, le père des peuples, la consolation des opprimés, la ressource des malheureux, l'appui de la nation.... écarter les flatteurs, distinguer le mérite, le chercher, le prévenir, apprendre à le mettre en œuvre; se rendre supérieur à tous, puisqu'on est placé au-dessus de tous... Il faut vouloir être le père, et non le maître; il ne faut pas que tous soient à un seul, mais un seul à tous pour faire leur bonheur.»

XXXVII

Le palais jusque-là désert de Fénelon à Cambrai devint le vestibule de la faveur. Les courtisans et les ambitieux, qui s'étaient écartés douze ans de la disgrâce de Fénelon, y accoururent sous tous les prétextes. Il les reçut avec cette grâce naturelle qui le faisait régner par anticipation sur les cœurs: il régnait, en effet, déjà dans ses pensées.

Les mémoires sur le gouvernement qu'il adressait par le duc de Chevreuse au Dauphin, étaient une constitution tout entière de la monarchie. Ses réformes politiques avaient passé de la poésie dans la réalité; mais elles s'y étaient dépouillées des chimères qui les décréditaient dans le Télémaque, et elles y portaient l'empreinte de la maturité, de la réflexion et de la pratique. On y trouve tout ce qui s'est accompli, tenté ou préparé depuis pour l'amélioration du sort des peuples.

Le service militaire réduit à cinq ans de présence sous les drapeaux; les pensions aux invalides servies dans leurs familles, pour être dépensées dans leurs villages, au lieu d'être dilapidées dans l'oisiveté et dans la débauche du Palais des Invalides dans la capitale;

Jamais de guerre générale contre toute l'Europe;

Un système d'alliance variant avec les intérêts légitimes de la patrie;

Un état régulier et public des recettes et des dépenses de l'État;

Une assiette fixe et cadastrée des impôts;

Le vote et la répartition de ces subsides par les représentants des provinces;