Après les deux romans d'Atala et de René, il en ébaucha un troisième: le Dernier des Abencérages; mais, à l'exception de l'incomparable romance:
Combien j'ai douce souvenance,
ce roman, entièrement d'imagination, ne fut qu'un roman français sans vérité et sans succès, très-inférieur aux deux autres.
Atala avait trouvé sa nouveauté et sa vérité dans les déserts d'Amérique; René, dans l'abîme du cœur du jeune écrivain; le Dernier des Abencérages ne fut qu'un conte de Marmontel. Il fallait un fond solide à l'invention de Chateaubriand, autrement il s'évanouissait avec les nuages:
Combien j'ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance!
Ma sœur, qu'ils étaient beaux, les jours
De France!
Ô mon pays, sois mes amours
Toujours!
Te souvient-il que notre mère,
Au foyer de notre chaumière,
Nous pressait sur son cœur joyeux,
Ma chère;
Et nous baisions ses blancs cheveux
Tous deux?
Ma sœur, te souvient-il encore
Du château que baignait la Dore
Et de cette tant vieille tour
Du Maure,
Où l'airain sonnait le retour
Du jour?
Te souvient-il du lac tranquille
Qu'effleurait l'hirondelle agile,
Du vent qui courbait le roseau
Mobile,
Et du soleil couchant sur l'eau
Si beau?
Oh! qui me rendra mon Hélène,
Et ma montagne, et le grand chêne?
Leur souvenir fait tous les jours
Ma peine:
Mon pays sera mes amours
Toujours!
Cela mérite seul d'être conservé, air et paroles. L'Auvergne avait produit l'air, le génie du jeune homme la tristesse amoureuse des paroles. C'est le seul passage de ses œuvres en vers où Chateaubriand a été poëte; partout ailleurs il ne fut que poétique. C'est la faiblesse de son génie, qui ne put s'élever jusqu'à la condensation du génie qui chante en vers.