Mais les hommes veulent une félicité concrète, et les joies de la conscience et de l’esprit, si le sens de ces mots n’est bien pris, sont une ressource abstraite, dont l’humanité, toujours plus altérée à mesure que la lumière monte, ne peut se contenter.
Mais si ces joies sont l’amour de Dieu et des âmes, du Dieu vivant, et riche, et infini dans les biens qu’il prodigue, l’amour des êtres personnels, immortels dans la vie et dans la beauté : oui, alors l’humanité entière a trouvé son issue. Alors le cœur humain se demandera, comme je me le demande aujourd’hui, moi qui ai traversé le monde et la vie, par l’âge et par la réflexion, on se demandera s’il n’est pas quelque extension possible de cette vie courte et de ce petit monde : on regardera au ciel, au ciel visible et au ciel invisible ; on cherchera les liens vivants, les communications possibles de la terre à ce qui l’entoure : on cherchera, on trouvera.
Par les merveilleux développements des sciences de la lumière, on saura quelque chose peut-être de l’usage des étoiles, quelque chose de la vie actuelle, des destinées communes de l’univers entier, quelque chose de la vie intime du radieux soleil qui nous donne la fécondité.
Et qui sait si les autres mondes ne nous seront point une ressource ? qui sait tout ce que l’on peut tirer du soleil, et quel travail, un jour, l’homme peut faire faire à ses rayons ?
Qui sait jusqu’à quel point le Christ saura multiplier les pains, et surtout les rayons de l’Esprit, et si sa promesse était vaine quand il disait : « O Père, je dis ces choses au monde, afin qu’ils aient ma joie, ma joie pleine résidant en eux ! »
Qui sait si l’espèce de toute-puissance que la prière pourra donner au genre humain, quand on dira : Jusqu’à présent nous n’avons point prié ! maintenant que notre terre n’est plus qu’un temple unique, où nous nous touchons tous, maintenant que nous sommes toujours assemblés, prions, afin que tous les cœurs se touchent, encore plus que les lieux, et que l’intensité de la vie des âmes, que leur divine vigueur, leur ardente prière continue soient un soutien, une force morale et même une force physique, et presque un aliment, pour les plus pauvres et les plus faibles.
Oui, le Seigneur a dit : « Jusqu’à présent, vous n’avez rien demandé en mon nom, demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit pleine[71]. »
[71] Joan., XVI, 26.
Demandons la joie pleine.
Et qui sait si le grand effet de cette prière et ce don de joie pleine ne consisteront pas à croire et à savoir que nous sommes tous, et pour toujours, une même vie, un même amour, comme le Père et le Fils sont un dans l’unité de l’amour éternel[72], et que chaque homme peut et doit dire avec le Christ : « O Père, je désire que là où je serai, tous ceux que vous m’avez donnés y soient aussi[73] ! »