Donc, reléguez un peu, et même beaucoup, les lettres et la philosophie, et faites place à la théologie et aux sciences.
Du reste, il est heureux que vous ayez à prendre ce parti, car, si vous avez du goût pour les lettres et la philosophie, la première précaution à prendre, c’est de ne pas vous y enfermer. « Homme littéraire, dangereux et vain ! » disait quelqu’un.
Comprenez-vous ce texte de l’Écriture sainte : « Parce que je ne suis pas littéraire, j’entrerai dans les puissances sacrées ? » (Quoniam non cognovi litteraturam, ideo introibo in potentias Domini.) N’avez-vous jamais remarqué la différence, le contraste, je dirai même l’opposition qui se rencontrent entre la puissante profondeur des divines idées, et surtout des divins sentiments, et leur expression littéraire ? N’avez-vous jamais remarqué ces deux natures d’esprit, si bien décrites par Fénelon, dont l’une exprime, à peu près sans voir ni sentir ; dont l’autre sent et voit, mais n’exprime pas, ou du moins pas encore ?
Défiez-vous de cette première espèce d’esprits, et tâchez de n’en être pas. Si vous avez déjà acquis quelque art d’exprimer ce que vous tenez, cherchez maintenant les choses à exprimer ; car il vous faut d’abord savoir :
Scribendi recte sapere est et principium et fons.
Laissez maintenant dormir en vous l’esprit littéraire, et cherchez l’esprit scientifique. Soyez savant. Votre esprit non seulement en deviendra plus riche, mais aussi plus fort et plus grand.
Heureux ceux qui soumettent leur esprit au conseil que Virgile donnait aux laboureurs :
Et qui proscisso quæ suscitat æquore terga
Rursus in obliquum verso perrumpit aratro,
Exercetque frequens tellurem atque imperat arvis[14] !