[14] « Que dire de celui qui, après avoir ouvert le sol et soulevé la terre, retourne la charrue, croise et brise les premiers sillons, exerce ainsi la terre et la gouverne ! » (Géorgiques, I, 97-99.)
Faites de même. Croisez votre littérature par la science, la science par la théologie. Rompez vos premières habitudes d’esprit, vos premières formes de pensée. Surtout, si vous avez pris, au collège, une première attache à un système particulier de philosophie, hâtez-vous de rappeler la charrue, et de diriger les sillons dans un tout autre sens :
Rursus in obliquum verso perrumpit aratro.
Dans ce second travail, rien de bon ne sera perdu ; mais que de préjugés, d’erreurs, d’incohérences disparaîtront ! Quelle mince culture que celle de la première éducation ! Superposez à cette éducation une autre éducation, et puis une autre encore. Rompez et domptez votre esprit en le labourant plus d’une fois en plusieurs sens :
Exercetque frequens tellurem atque imperat arvis.
Ne craignez pas de changer plusieurs fois de culture. Rien n’est plus favorable à la terre, dit ailleurs le poète. Le changement de culture repose :
Sic quoque mutatis requiescunt fœtibus arva[15].
[15] C’est ainsi que la terre se repose par le changement de culture. »
Il y a plus, telle ou telle production brûle et dessèche la terre, si on la continue. Mais que les moissons se succèdent sans se ressembler, et la terre les porte gaîment.
Urit enim lini campum seges, urit avenæ,