Vous ne prendrez pas la science, comme on prenait autrefois le quinquina avec l’écorce ; le malade, alors, mangeait peu de suc et beaucoup de bois. Vous prendrez la science, le plus possible, comme on prend aujourd’hui la quinine, sans écorce ni bois. Puis vous aurez des maîtres qui n’enseigneront pas avec cette excessive lenteur que nécessite la faiblesse des enfants dans les collèges, et surtout qui s’éloigneront de la manière de ces trop nombreux professeurs, qui jamais ne présentent un ensemble à l’auditoire, mais toujours des parcelles indéfiniment étendues ; en sorte que le cours n’est jamais terminé, mais se prolonge toujours, quel que soit le nombre des années qu’on y mette. Vous chercherez des maîtres qui sachent vous présenter rapidement les résultats et les totalités.
Ceci posé, commencez par consacrer, par exemple, deux ans aux mathématiques, à la physique et la chimie, et à la théologie.
Prenez une heure et demie de leçon par jour, dans l’après-midi. Deux leçons de mathématiques par semaine ; deux leçons de physique et de chimie, deux leçons de théologie. Travaillez chaque leçon deux heures, immédiatement après les leçons. Ceci est l’emploi de l’après-midi.
Donnez ensuite deux ans aux trois cours suivants : astronomie et mécanique ; physiologie comparée ; théologie.
Puis deux autres années aux cours suivants : géologie, géographie, histoire, philologie, théologie.
N’oubliez pas que je parle à un homme décidé à travailler toute sa vie ; qui trouve que l’étude même après la prière, est le bonheur ; qui veut creuser et comparer chaque chose pour y trouver la vérité, c’est-à-dire Dieu. Du reste, tenez pour certain que les grandes difficultés vous attendent, vous qui entrerez les premiers dans cette voie.
Mais que de peine on pourrait s’épargner si on savait s’unir et s’entr’aider ! si, au nombre de six ou sept, ayant la même pensée, on procédait par enseignement mutuel, en devenant réciproquement et alternativement élève et maître ; si même, par je ne sais quel concours de circonstances heureuses, on pouvait vivre ensemble ! si, outre les cours de l’après-midi et les études sur les cours, on conversait le soir, à table même, sur toutes ces belles choses, de manière à en apprendre plus, par causerie et par infiltration, que par les cours eux-mêmes : si, en un mot, on pouvait former quelque part une sorte de Port-Royal, moins le schisme et l’orgueil !
Quoi qu’il en soit, j’ai supposé que vous pourriez trouver des maîtres capables de vous présenter rapidement l’ensemble de chaque science et son résultat utile ; et aussi, que vous sauriez prendre, dans chaque science, le suc en négligeant l’écorce.
Mais là même est la difficulté. Si nos sciences étaient ainsi faites, et nos professeurs préparés à enseigner ainsi, les admirables résultats de nos grandes sciences cesseraient bientôt d’être un mystère réservé aux écoles et aux académies. Mais, puisqu’il n’en est pas ainsi, j’essayerai de vous donner, sur la manière d’étudier ou d’enseigner ces sciences, quelques avis très incomplets, auxquels j’espère, vous saurez suppléer.