Sous ce rapport, les Allemands nous donnent l’exemple. Seulement, le panthéisme en égare un grand nombre. Le faux principe des hégéliens opère, dans le domaine des sciences, la parodie de ce que nous annonçons ici. Ils prétendent qu’il n’y a qu’une science, parce que tout est absolument un ; qu’il ne faut plus morceler la science en logique, morale, physique, métaphysique, théologie : tout cela, disent-ils, est précisément un et identique, parce que tous les objets sont identiques, tout étant Dieu.

Voilà la confusion. Nous parlons, nous, de comparaison. C’est autre chose. Comparaison suppose, au contraire, distinction.

On sait assez les résultats risibles, et quelquefois odieux, qui sortent de ce principe de confusion panthéistique, soit en Logique, soit en Morale, soit en Physique. Mais ce que l’on sait moins, c’est que cette voie de rapprochement, cette tentative impossible d’identifier toutes les lignes de l’esprit humain, a cependant poussé à la comparaison, et produit, en quelques esprits éminents, dont plusieurs, du reste, sont libres de tout panthéisme, de très grands résultats. Il suffit de citer Ritter, le grand géographe, Burdach, le grand physiologiste, Gœrres, Humboldt, le philologue, Schubert surtout.

Nous pouvons d’ailleurs attendre de ce peuple de grandes choses pour la science comparée. Ces âmes profondes, mystiques, harmonieuses vont volontiers au centre des idées, en ce point où les racines des vérités se touchent. La monstrueuse philosophie, absolument absurde, dont ils sont aujourd’hui victimes, n’est point pour toute l’Allemagne, une preuve de réprobation intellectuelle. Ils ont poussé à bout, les premiers, la raison humaine isolée et séparée de Dieu : dès que la raison de ce peuple reprendra sa racine en Dieu, on verra ce que peut produire la puissance harmonique de ces âmes.

Mais, même dès maintenant, il est vrai de dire que leurs travaux, malgré la confusion panthéistique qui s’y rencontre, ont préparé beaucoup de matériaux à la science comparée. Quand la véritable science comparée s’élèvera, elle traitera ce monstrueux produit, comme l’Écriture sainte nous rapporte que Tobie, inspiré par l’ange, traita ce monstrueux poisson qui l’effrayait d’abord. « Seigneur, il m’envahit, » criait l’enfant, comme nous disions du panthéisme qui nous envahissait de toutes parts. « Ne crains rien de ce monstre, lui dit l’ange, prends-le et amène-le à toi : tu te nourriras de sa chair. » Quand nous aurons conçu quelque chose de l’idée et du plan de cette science nouvelle, qui sera celle du prochain grand siècle, nous traiterons ainsi le panthéisme, qui maintenant s’engraisse pour nous.

IV

Ainsi ne craignez ni la masse, ni le nombre, ni la diversité des sciences. Tout cela sera simplifié, réduit et fécondé par la comparaison.

Mais il vous faut, en tout cas, de toute nécessité, une connaissance suffisante de la géométrie et des mathématiques en général ; de l’astronomie, de la physique et de la chimie, de la physiologie comparée, de la géologie et de l’histoire, sans parler de la théologie, dont il sera question plus tard.

Et n’oubliez pas d’ailleurs, qu’il ne faut jamais consacrer à ces choses tout votre temps. Il en faut au contraire, réserver la meilleure partie pour Dieu seul, et pour écrire.

La tâche, peut-être, vous paraît impossible. Elle ne l’est pas. Mais à deux conditions : c’est que vous saurez étudier et que vous choisirez vos maîtres.