Il faut en venir à comprendre ce qu’il y a sous cette théorie nouvelle des ondes, sous ces formes sphéroïdales qui sont partout, sous cette loi générale de la raison inverse du carré des distances, ce qu’il y a enfin dans toute force. Il faut savoir s’il est vrai et visible en physique, comme cela est visible en psychologie, que Dieu opère en tout ce qui opère ; que l’attraction, la lumière, la chaleur sont des effets de la présence de Dieu, produits par lui comme cause première, et radicalement impossibles sans son action perpétuelle. Il faut voir si cette vérité théologique n’est pas impliquée dans cette étrange propriété du mouvement et de la propagation des forces, leur persistance indéfinie, sans fatigue ni altération, de sorte que le rayonnement d’une force quelconque se conserve toujours tout entier à quelque distance du centre que l’onde soit parvenue. Il faut savoir si on ne peut pas dire que Dieu, par là, a pris soin de marquer son infinité dans la force, comme il a pris soin, dit Bossuet, de marquer son infinité dans nos idées ; si dès lors on ne peut pas apercevoir le côté de la force qui est de Dieu, comme on aperçoit, en psychologie, le côté de la raison et des idées qui est donné de Dieu ; comme en effet on doit finir par distinguer, dans tout ce qui est créé, le fini, qui est le créé lui-même et l’indispensable présence de l’incommunicable infini, qui porte et soutient le fini.
Je vais plus loin ; je crois avec l’auteur déjà cité qui en a montré quelque chose, « à l’accord des conclusions légitimes de la méthode rationnelle en philosophie et dans les sciences naturelles avec les enseignements chrétiens sur la nature de Dieu, sur sa providence et sur sa création[24]. »
[24] Philosophie spiritualiste de la nature. Préface, p. XX.
Et pour vous dire le fond de ma pensée qui, au premier abord, pourra choquer bien des esprits, je suis très convaincu qu’il est possible d’entreprendre d’une manière véritablement scientifique, ce qui a été déjà vaguement entrepris tant de fois, je veux dire d’appliquer à toute la physique et à toutes les sciences, l’idée qui inspira Kepler dans sa merveilleuse découverte du monde astronomique, et qu’il indique dans son chapitre : « Du reflet de la Trinité dans la sphère. » De adumbratione Trinitatis in sphærico. Si la sphère et ses dérivés sont partout, si cette forme renferme, en effet, quelque vestige, quelque ombre du grand mystère, il s’ensuit donc qu’il y a partout vestige de la Trinité, comme l’affirmait Kepler d’après la théologie catholique.
Et, pour ce qui est de la physique en particulier, je ne dirai pas avec les Allemands, ni avec Lamennais dans son Esquisse d’une philosophie, « que toute force, quelle qu’elle soit, est un écoulement du Père, un don qu’il fait de lui-même ; que toute intelligence, toute forme, quelle qu’elle soit (notamment la lumière) est un écoulement du Fils, un don qu’il fait de lui-même ; que toute vie (notamment le calorique) est un écoulement de l’Esprit, un don qu’il fait de lui-même[25], » et que par conséquent les trois forces de la nature sont les personnes divines. Nous dirons que tout ce panthéisme est absurde ; il renferme pourtant une vérité qu’il défigure, savoir : l’universelle présence de Dieu et son action universelle, et la signature en toute chose de son indivisible Trinité, ce que saint Paul touchait quand il disait : « Nous sommes en lui, vivons en lui, et nous mouvons en lui. » In ipso vivimus, movemur et sumus.
[25] Lamennais, Esquisse d’une philosophie, t. I, p. 338.
CHAPITRE XI
PHYSIOLOGIE
S’il est une science que stérilise son isolement, et que vivifierait, ou plutôt que transfigurerait son union à la philosophie, et par celle-ci à la théologie, c’est la physiologie[26].
[26] Voir le Traité de la Connaissance de l’âme, liv. I, chap. III, et liv. III, chap. III.
Je vous signale l’état actuel de cette science. Il est tel aujourd’hui, en France, que le doyen d’une faculté de médecine, dans son cours de 1850, citait à ses élèves Helvétius, Cabanis et Condillac, comme les auteurs à consulter sur les rapports du physique et du moral.