Ensuite il faudra reprendre en détail les grands chapitres de la physique, en développant, dans chacun de ces chapitres, la théorie des ondes, qui est le fond et l’unité de la science.

C’est par ce point que la physique touche à la géométrie, et que l’on entre en physique et géométrie comparées. La théorie des ondes développe et embrasse toute la physique. Et qu’est-ce que les ondes ? Des sphères se développant avec une vitesse calculable, se succédant à intervalles comptés. Ce sont des mouvements, des formes, des nombres. Là encore les mathématiques, la géométrie sont partout. La Bible l’avait bien dit : « Tout est compté, pesé et mesuré. » Omnia in numero, pondere et mensura. Descartes avait raison de dire : « Tout se fait par formes et mouvements ; » il avait raison d’affirmer qu’on poursuivrait dans le détail des phénomènes les lois précises de ces formes et de ces mouvements, espérance que Pascal lui-même n’osait concevoir, et qui est aujourd’hui accomplie, en grande partie du moins.

Du reste, la science avance chaque jour dans cette voie. Tout se calcule, tout est compté, pesé et mesuré. On finira probablement par soumettre à l’analyse mathématique les phénomènes chimiques eux-mêmes. N’avons-nous pas déjà les étonnants travaux d’un illustre mathématicien[21] sur les atomes, non seulement atomes des corps, mais atomes de la lumière : travaux où le génie atteint par le calcul les formes de l’atome, et leurs variations, et leur polarité, d’où résultent le jeu variable des forces dans la matière et les variations de chaleur, de couleur, de répulsion et d’attraction ? Là se trouve probablement la prochaine grande découverte à faire dans les sciences : il nous faut les Kepler et les Newton de l’infiniment petit. On attend les législateurs de l’atome, comme on a les législateurs des astres.

[21] M. Cauchy.

Rien ne me semblerait plus utile, en physique, que de méditer ces questions, dût-on se borner à les poser.

Quoi qu’il en soit, une fois rattachées à la géométrie et au calcul, la physique et la chimie se rattacheront plus haut encore.

Je ne crains nullement d’affirmer, conformément à ma thèse générale sur la science comparée, qu’il faut remonter, par la physique et la chimie, à travers les mathématiques, jusqu’à la philosophie, et jusqu’à la théologie : la philosophie et la théologie, du reste, étant certainement comparables et mutuellement pénétrables.

Si nous croyons, comme l’affirme un esprit distingué qui entre dans cette voie[22], que « toute science qui s’isole se condamne à la stérilité ; » que « cette philosophie qui continue à la fois les grandes traditions… de Descartes, de Leibniz, est capable de passer la frontière, et d’entrer sur le terrain de la physique ; » nous croyons de même que la physique aussi est aujourd’hui capable de monter plus haut, et que cette tentative de physique et de philosophie comparée est, comme le dit encore le même auteur, « une tentative qui, un jour ou l’autre, doit réussir[23]. »

[22] M. Henri Martin, Philosophie spiritualiste de la nature.

[23] Philosophie spiritualiste de la nature. Préface, p. XXII.