Mais quand vous connaîtrez tout le matériel de la science, les faits et leurs lois, que votre imagination se représentera, jusqu’à un certain point, l’ensemble des formes et des mouvements, — je parle ici du système solaire, qui est la partie achevée de la science : — quand vous saurez les distances des planètes au soleil, leur grandeur relative, leur densité, le temps des rotations et des révolutions ; quand vous verrez toute cette flotte de mondes voguer de concert et avancer dans le même sens ; et notre terre aussi flottant comme un navire autour de cette île de lumière qui est notre soleil : quand vous verrez les décroissances étranges de lumière, de chaleur et de mouvement pour les mondes éloignés du centre ; puis l’incroyable excentricité et l’espèce de folie des comètes, qui semblent se débattre sous la loi dont elles sont d’ailleurs dominées tout autant que les mondes habitables ; et puis leur étonnante mobilité de formes, leurs combustions furieuses, tantôt dans la chaleur et tantôt dans le froid ; quand vous verrez toute cette géométrie en action, toute cette physique vivante, tout ce merveilleux mécanisme de la nature, toujours entretenu par la présence de Dieu, et manifestement réglé par sa sagesse, sous des lois qui sont son image ; quand vous verrez la vie et la mort dans le ciel : un monde brisé dont les débris roulent près de nous, le ciel emportant avec lui ses cadavres dans son voyage du temps comme la terre emporte les siens ; quand vous verrez des étoiles disparaître, pendant que d’autres naissent, croissent et grandissent ; quand vous apercevrez ces Nébuleuses, — que ce soient des groupes de soleils ou bien des groupes d’atomes, que les unes soient soleils, d’autres atomes, poussière d’atomes ou poussière de soleils, qu’importe ? — quand vous verrez les groupes de même race, mais de différents âges, parvenus sous nos yeux à différents degrés de formation, et laissant voir la marche du développement, comme nous voyons dans une forêt de chênes, le développement de l’arbre dans tous ses âges ; puis, quand vous verrez sur tous les mondes ces alternances de nuit et de jour, ces vicissitudes de saisons, en harmonie avec la vie de la nature, je dirai même avec la vie de nos pensées et de nos âmes : vicissitudes, alternatives, partout inévitables, excepté dans ce monde central où règne un plein été, un plein midi ; alors, s’il n’entre dans votre astronomie ni poésie, ni philosophie, ni religion, ni morale, ni espérances, ni conjectures de la vie éternelle et de l’état stable du monde futur ; si vous ne comprenez rien à ce mot sublime de Ritter : « La terre, dans ses révolutions perpétuelles, cherche peut-être le lieu de son éternel repos ; » si vous ne comprenez ces mots de saint Thomas d’Aquin : « Rien ne se meut pour se mouvoir, mais bien pour arriver : tous ces mouvements cesseront ; » — si vous ne comprenez ces mots de Herder : « La dispersion des mondes ne subsistera pas : Dieu les ramènera à l’unité, et réunira dans un même jardin les plus belles fleurs de tous les mondes ; » — si vous ne croyez pas à cette prophétie de saint Pierre : « Il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre ; » et à cet oracle du Christ : « Il n’y aura plus qu’une bergerie, » — si, en face de ces caractères si grandioses, et de ces traits fondamentaux de l’œuvre visible de Dieu, vous regardez sans voir et sans comprendre, sans soupçonner la possibilité du sens : alors, oh ! alors, je vous plains !
CHAPITRE X
PHYSIQUE
Qu’est-ce que la physique ? Nous appelons physique la science de la nature inorganique, et physiologie la science de la nature organisée. Ces mots s’entendent suffisamment.
Dans la nature inorganique, nous distinguons deux choses : la matière et la force. Sans discuter si ce qu’on nomme matière n’est pas aussi purement un effet de la force (ce que nous ne pensons pas, du moins dans le sens ordinaire des dynamistes), continuons à poser, avec le peuple, la distinction de matière et de force.
Qu’est-ce que la matière ? La physique n’en dit rien. C’est une question fondamentale de la métaphysique, qu’il est certes permis au physicien de méditer et de poursuivre : mais, de fait, dans l’état actuel de la science, la physique ne parle que peu ou point de la matière, et ne traite que des forces.
La physique, c’est donc la théorie des forces de la nature inorganique.
N’y a-t-il qu’une seule force ? Y en a-t-il trois ? Y en a-t-il quatre ? Le fait est que la science tend à les ramener toutes à une seule, l’électricité, qui produit trois effets ou forces dérivées, l’attraction, la lumière, la chaleur.
Ceci renferme donc toute la physique.
Qu’il y ait une première leçon d’ensemble sur ce sujet, c’est-à-dire sur l’électricité, en notant, toutefois, que la physique traite aussi du son, qui n’est qu’une imitation et une image grossie de la lumière, et rentre sous la même théorie.
Viendront ensuite trois leçons sur l’attraction, sur la lumière, sur la chaleur, considérées dans leurs effets généraux, et comme produits de l’électricité. — Puis une leçon spéciale sur l’acoustique.