CHAPITRE IX
ASTRONOMIE

L’ignorance du public au sujet de l’astronomie est véritablement étrange.

J’ai connu des hommes très instruits qui m’ont longtemps soutenu, très vivement, en me qualifiant d’empiriste, que le vieux système astronomique, plus philosophique, disait-on, que le nouveau, était le vrai ; que le soleil tourne autour de la terre, non la terre autour du soleil.

Ainsi cette science simple, facile, régulière, lumineuse, majestueuse et religieuse, cette science pleine, dans ses détails, du plus puissant intérêt, cette science, modèle des sciences, et chef-d’œuvre de l’esprit humain, non seulement n’est pas encore devenue populaire, mais même est absolument inconnue de la plupart de ceux qui ont reçu une éducation libérale complète.

Il est vrai que cela tient en grande partie à la manière dont on l’enseigne.

D’abord, la science est encombrée d’instruments, hérissée d’algèbre, défigurée par un bon nombre de mots effrayants, enveloppée de cercles dont l’imagination ne peut sortir, masquée surtout par les incroyables figures d’animaux, de dieux et de serpents que vous savez. Rien n’effraye plus les esprits que ces figures. De sorte qu’il faut braver les tentations de découragement, et briser une épaisse écorce pour parvenir jusqu’au noyau, au résultat utile, au fait. De plus, on expose d’ordinaire l’astronomie d’une étrange façon. On commence par décrire longuement et minutieusement à l’élève des apparences dont on lui apprendra ensuite la fausseté. Pourquoi ne pas dire tout de suite et franchement ce qui en est ?

Je me souviens d’un fort habile homme qui, sur la lecture du premier volume d’un de nos plus savants traités d’astronomie, voyant l’auteur parler toujours des mouvements du soleil, des cercles qu’il parcourt, des révolutions diurnes, de ses mouvements annuels, progrès, stations et rétrogradations, croyait, d’après cet exposé, que l’Académie des sciences était revenue au système de Ptolémée.

Je ne pense pas qu’il faille procéder ainsi quand on n’a pas de temps à perdre.

Commencez, comme pour toute autre science, par une seule leçon sur l’ensemble ; puis une leçon sur le système solaire, une autre sur le système stellaire, une troisième sur les Nébuleuses. Reprenez le système solaire en dix ou douze leçons, le système stellaire en trois ou quatre, les Nébuleuses plus brièvement encore. Dans ces leçons, ne parlez pas des apparences qui fourvoient l’imagination, ne dites que ce qui est, donnez les résultats, les résultats certains ; mettez à part ce qui est contestable au sujet des étoiles et au sujet surtout des Nébuleuses. Parlez très peu d’abord des instruments et des méthodes, qui sont l’échafaudage du monument ; montrez le monument lui-même, il le mérite. Puis recommencez encore plus amplement, et tout en multipliant les détails précis, serrez de près l’unité de la science ; montrez la cause unique de toutes les formes et de tous les mouvements, l’attraction et sa loi. Voyez sortir de là, par voie de conséquence, la courbe du second degré, le cercle et sa famille, pour régner seuls sur tous les astres ; et ne rejetez pas trop vite ce que disait Kepler, compétent en ces choses, puisque c’est lui qui les a découvertes, que le cercle est un symbole de l’âme et de la Trinité de Dieu, de sorte que l’âme et Dieu seraient partout retracés dans le ciel et en seraient la loi. Placez ici la mécanique céleste, et l’application surprenante de précision et de délicatesse du calcul infinitésimal à l’analyse de toutes ces formes et de tous ces mouvements. Faites connaître cette puissance du calcul qui pèse sur les astres, et qui annonce leurs mouvements plusieurs années d’avance, non pas à la minute, ni à la seconde, mais par dixième de seconde ; qui sur l’imperceptible frémissement d’un astre, affirme, comme l’a fait M. Leverrier, qu’il y a un astre invisible, à un milliard de lieues, qui inquiète celui que l’on voit ; puis enfin, calculant le sens et l’amplitude du frémissement, dénonce le lieu et l’heure où l’on apercevra l’astre inconnu.

Pendant ces leçons développées, la description des instruments, des méthodes et des procédés et l’histoire de la science se placent çà et là comme digression, avec un très grand intérêt : surtout l’admirable histoire de Kepler, qui est la Genèse de l’astronomie.