[36] Notre Appendice renferme les propositions de Perrone, et, en outre, quelques-uns des textes évangéliques qui appuient les théorèmes théologiques.
De plus, vous aurez sous la main un Bossuet, un Thomassin, un saint Thomas d’Aquin et un saint Augustin ; et, en outre, le Dictionnaire théologique de Bergier, en un volume.
Vous vous attacherez à saint Thomas d’Aquin avant tout autre. Vous n’oublierez pas qu’au dernier concile général, à Trente, il y avait sur le bureau de l’assemblée, à droite du crucifix, la Bible ; à gauche, la Somme de saint Thomas d’Aquin.
Quant à la Bible, il est bien entendu que vous la lirez chaque jour ; que vous lirez et pratiquerez l’Évangile, source vive et principale de toute lumière.
Mais, pour revenir à saint Thomas d’Aquin, c’est véritablement l’ange de l’école et le prince des théologiens. Égal, au moins, à Aristote comme métaphysicien et logicien ; nullement contraire à Platon, ce qui serait un défaut capital ; plein de saint Augustin, et impliquant, dès lors, ce que Platon a dit de vrai ; du reste, n’ayant pas tant les idées mêmes que les forces de ces génies, saint Thomas d’Aquin, dans sa Somme, saisit, résume, pénètre, ordonne, compare, explique, prouve et défend, par la raison, par la tradition, par toute la science possible, acquise ou devinée, les articles de la foi catholique dans leurs derniers détails, avec une précision, une lumière, un bonheur, une force, qui poussent sur presque toutes les questions le vrai jusqu’au sublime. Oui, on sent presque partout, si je puis m’exprimer ainsi, le germe du sublime frémir sous ses brèves et puissantes formules où le génie, inspiré de Dieu, fixe la vérité.
Saint Thomas d’Aquin est inconnu de nous, parce qu’il est trop grand. Son livre, comme l’eût dit Homère, est un de ces quartiers de roc que dix hommes de nos jours ne pourraient soulever. Comment notre esprit, habitué aux délayures du style contemporain, se ferait-il à la densité métallique du style de saint Thomas d’Aquin ?
L’ignorance même de la langue, de la typographie et de la forme extérieure dans la distribution des matières, nous arrête au seuil de la Somme de saint Thomas d’Aquin. Je sais un homme instruit, très occupé de philosophie et de théologie, qui, ayant ouvert un jour la Somme, ne tarda pas à refermer le livre avec dégoût. Et pourquoi ? Parce qu’il avait pris pour l’énoncé des thèses de saint Thomas l’énoncé des erreurs qu’il réfute. Cet homme vécut un an sur ce préjugé.
Lisez l’Index tertius de la Somme, pour connaître d’un coup d’œil les énoncés du grand Docteur sur chaque question. Il faut consulter cet Index sur toute question ; il en faut retenir, mot pour mot, beaucoup de formules.
Pour ce qui est de Thomassin, c’est un génie tout différent ; génie aussi, non du même ordre, et non moins inconnu. Thomassin, contemporain de Bossuet, a écrit en latin ses Dogmes théologiques qu’on pourrait appeler Medulla Patrum. Le tiers au moins de ces trois in-folio ne consiste qu’en citations des Pères, grecs et latins, souvent aussi des philosophes, le tout lié et cimenté par le génie qui pénètre et possède ce qu’il prend, agrandit ce qu’il touche, multiplie la valeur de ce qu’il emprunte, en groupant sous une lumière unique les précieuses parcelles qu’il recueille : tout cela dans un latin plein de verve, d’originalité, d’exubérante richesse.
Je n’ai rien à dire de Bossuet ni de saint Augustin. Pratiquez beaucoup la table des matières du second, merveilleux travail des bénédictins.