Quant à Bergier, c’est un Dictionnaire convenable, judicieux, ne manquant pas d’autorité.
Enfin ces livres seuls ne suffisent pas. Il vous faut un enseignement théologique oral, par un théologien de profession, enseignant dans les séminaires. Rien ne supplée à l’enseignement oral de la théologie. Dix années d’études solitaires vous laisseraient des traces notables d’ignorance.
Or, je crois pouvoir vous assurer que quand vous aurez commencé à comprendre la théologie catholique, vous serez profondément étonné de l’ignorance et de l’aveuglement de notre siècle à l’égard de ce foyer de lumière, auquel aucune autre lumière dans le monde ne saurait être comparée. Il vous semblera que depuis cent cinquante ans l’Europe est dans une nuit polaire, et que le soleil des esprits est caché derrière notre horizon trop détourné de Dieu, et derrière les sommets glacés de nos sciences froides.
Vous comprendrez que l’alliance dont on parle entre la philosophie et la théologie, alliance que les philosophes purs ne comprennent pas et ne peuvent pas exécuter, par cela même qu’ils ne sont que purs philosophes, est singulièrement avancée du côté des théologiens, qui, étant à la fois théologiens et philosophes, philosophes toujours plus complets, plus exacts, plus profonds, plus élevés que les philosophes purs, ont mission et capacité pour entreprendre et conclure l’alliance.
Vous verrez aussi que la théologie catholique, inspirée par le Christ, qui est Dieu, implique réellement toutes les sciences. Ce n’est pas nous qui les en déduirons, je le sais, et je sais que la prétention de tout déduire du dogme a été une source d’erreurs. Mais, à mesure que les sciences se forment par leur propre méthode et leurs propres principes, ce sont des concordances et des consonances merveilleuses avec la science de Dieu. Vous comprendrez que, comme le dit Pascal[37], la « religion doit être tellement l’objet et le centre où toutes choses tendent, que, qui en saura les principes, puisse rendre raison, et de toute la nature de l’homme en particulier et de toute la conduite du monde en général. »
[37] Pensées, t. I, p. 216. (Œuvres complètes.)
Vous verrez peut-être aussi que, par le fait, la théologie catholique a directement inspiré tout le grand mouvement scientifique moderne, créé par le dix-septième siècle. Vous partagerez ma surprise et ma joie quand vous verrez se vérifier historiquement ce qui, a priori, doit être, savoir : que les saints produisent, ou sont eux-mêmes, les grands théologiens mystiques ; que les grands théologiens mystiques produisent les dogmatiques profonds et les vrais philosophes ; que tous ensemble produisent les savants créateurs, même en physique et en mathématiques ; comme par exemple, lorsqu’on voit les grands saints et théologiens mystiques du commencement du dix-septième siècle creuser plus profondément que jamais le rapport du mystère de Dieu à l’homme : le livrer à la pensée philosophique sous la forme du rapport métaphysique du fini à l’infini ; faire poindre dans une foule d’écrits ascétiques de surprenantes formules sur l’infini, le fini, le néant[38] : susciter chez Kepler, chez Pascal[39], et bien d’autres, les principes implicites, souvent même assez explicites, du calcul infinitésimal ; inspirer enfin à Leibniz son livre de Scientia infiniti, dont le calcul infinitésimal, qui est le levier universel des sciences, est un chapitre ; chapitre qui, ramené et comparé à la philosophie dont il vient, achèvera d’organiser cette reine des sciences.
[38] Par exemple, les écrits d’Olier ; la Vie du P. de Condren, par le P. Amelote.
[39] Pensées, Ire partie, art. 2.