Ainsi parlent ceux qui se croient les vrais représentants de la pensée contemporaine.

Pourquoi ? Précisément parce que l’homme est dieu, disent-ils. Si l’homme était dieu, toute possibilité, tout prétexte de sacrifice se trouve anéanti.

Chrétiens, voilà l’ennemi. Voilà son plan : abolition du sacrifice, renversement de la croix du Sauveur. Or, quelle est aujourd’hui la force, la position de l’ennemi ? Le voici :

Il y a aujourd’hui une force qui règne sur le monde. Il y a un gouvernail du globe. Ce n’est plus comme autrefois César. César n’est plus que la seconde des forces. Voici en effet la première, et Dieu en soit loué : c’est la parole publique, fixée pour tous les temps, multipliée pour tous les lieux par l’imprimerie.

Or, aux mains de qui est aujourd’hui cette force ? Évidemment, elle est aux mains de l’ennemi depuis un siècle. Le peuple chrétien, l’humanité nouvelle est accidentellement gouvernée par l’esprit du vieux monde. La civilisation chrétienne se trouve aujourd’hui dans l’état où se trouvait le peuple de Dieu sous le règne de Jézabel et d’Athalie. Jézabel massacrait les prophètes, abolissait le sacrifice dans Israël, c’est-à-dire dans la partie schismatique du peuple de Dieu. C’est ce qu’ont fait les hérésies.

Mais bientôt, au sein même de Juda, voici la fille de Jézabel, Athalie qui règne sur Jérusalem, qui opprime le temple de Dieu et travaille à l’abolition générale du sacrifice sur toute cette terre que Dieu avait donnée aux enfants d’Abraham. Tel paraît le philosophisme du dix-huitième siècle, et il n’est pas moins heureux qu’Athalie. Seulement, comme elle, il a aussi déjà eu son rêve, où il n’a plus trouvé

… Qu’un horrible mélange

D’os et de chairs meurtris, et traînés dans la fange.

Mais cependant il règne encore. Il a un fils plus mauvais que lui, et qui prétend non plus seulement abolir le sacrifice, mais le retourner : au lieu de sacrifier la nature à Dieu, sacrifier Dieu à la nature ; ne plus se séparer de Dieu, mais l’attaquer ; ne plus seulement vider notre raison de toute donnée divine, mais adorer comme Dieu notre raison ; ne plus seulement l’isoler du ciel, mais la retourner vers l’enfer. Je ne veux pas insister ici sur ce mystère de mort. J’en ai parlé ; j’en parlerai souvent.

Ce que je vois, c’est qu’Athalie et Jézabel sont sur le trône. Elles tiennent le gouvernail. La parole publique fixée pour tous les temps, multipliée pour tous les lieux par l’imprimerie, cette irrésistible puissance est dans leurs mains. Dieu l’a permis. Armées de cette grande force, elles ruinent le christianisme. Où sont les chrétiens fidèles ? Où sont les hommes qui représentent les sept mille hommes qui n’avaient point fléchi le genou devant Baal ? Ils existent assurément et plus nombreux que les sept mille. Mais sur ces trois cent millions d’hommes qui portent le nom de chrétien, en est-il sept millions qui pratiquent ? Mettez à part les schismatiques, les hérétiques, les incrédules et les indifférents, que reste-t-il ? A Paris, il n’y a pas aujourd’hui un vingtième de la population qui suive Dieu et sa loi. Si donc, dans l’ensemble du monde chrétien, l’on compte un homme sur cent qui n’ait pas fléchi le genou devant l’ennemi, qui adore Dieu et suive sa loi, c’est beaucoup.