Notre devoir envers nous-mêmes, c’est de nous élever nous-mêmes.

Il y a une éducation primitive, impersonnelle, qui est de Dieu, de la nature et de la société. Mais Dieu qui nous commence par lui-même ou par sa création, Dieu veut que nous nous achevions par réflexion et liberté : c’est l’éducation personnelle.

II

Ici, la première partie du Devoir, c’est le profond respect de ce qui est commencé en nous, sans nous, par Dieu, par la famille, par la société, par l’Église. C’est l’assimilation laborieuse et l’adoption par choix de ce qui nous était d’abord imposé ou inoculé. Ici commence la crise de l’éducation personnelle.

III

Cette crise, de nos jours surtout, n’est pas bien traversée par la plupart des hommes. Ils ne respectent pas, n’acceptent pas et n’approfondissent pas. Ils méprisent et ils foulent aux pieds les riches données providentielles. Au lieu d’imiter les Apôtres en présence des filets remplis ; au lieu de discerner, de prendre à peu près tout, en repoussant quelques rebuts, ils rejettent en bloc dans la mer cette abondance qui leur était venue par grâce. Après quoi, la plupart vivent tout le jour, pauvres de vie morale, pauvres de foi, et ce n’est que l’épuisement et la tristesse du soir qui les ramènent à rechercher, à retrouver quelque chose des richesses qu’ils tenaient le matin dans leur miraculeux filet.

IV

Beaucoup d’hommes, il est vrai, manquent du bienfait de l’éducation primitive ; ils naissent sans patrimoine moral, et n’ont reçu peut-être, pour viatique de cette vie difficile, que la perversité des exemples et des maximes. Mais la raison et l’Évangile le disent : il ne sera demandé à chacun que ce qui lui aura été donné. Dieu demande à chaque âme une seule chose, toujours possible et toujours provoquée en nous par la conscience et l’impulsion actuelle du Père, savoir : l’effort pour s’orienter vers le bien à partir du point, quel qu’il soit, où l’on est.

V

En chaque point où se trouve une âme, s’ouvre toujours la double voie. Toujours ceci est vrai : « Dieu pose l’homme et lui donne sa loi, puis le laisse à sa liberté ; la vie, la mort sont devant lui, il aura ce qu’il choisira[63]. » Le premier acte de l’éducation personnelle, acte d’où tout dépend, c’est le choix primitif, radical, entre la double direction : droiture, perversité, bien ou mal, vie ou mort. Voulez-vous être bon ? Voilà bien la question première.