Un écrivain souvent furieux, mais quelquefois lucide, adressait au clergé catholique l’exhortation suivante.
Après avoir puissamment démontré que la source de la misère n’est autre que le défaut d’équilibre dans la raison publique et dans les mœurs, il disait :
« Voilà la vérité, ô prêtres, qu’il serait digne de vous d’annoncer dans toutes vos églises ; voilà, de nos jours, le commentaire le plus éloquent que vous puissiez faire de l’Évangile ; voilà les vérités qui, publiées par vous, et entrant dans la foi des peuples en même temps qu’elles sont démontrées par la science, termineraient pacifiquement la crise présente en faisant de vous les chefs naturels du progrès.
« Et en même temps que vous adresseriez aux riches l’exhortation évangélique commentée par la science évidente, nous, les tribuns du peuple, nous lui dirions :
« Que la cause de ses souffrances, c’est l’immoralité universelle, et que la première chose à faire pour détruire le paupérisme et assurer le travail, est de revenir à la sagesse. Nous démontrerions à ce peuple, par des chiffres qu’il comprendrait, que dans les conditions les plus favorables, en supposant réunies toutes les influences heureuses du ciel, de la terre, de l’ordre et de la liberté, il ne peut espérer une somme de richesse matérielle qui égale la moyenne de un franc cinquante centimes par tête et par jour, pour une population de trente-six millions d’âmes répandue sur un territoire de vingt-sept mille lieues carrées.
« Qu’ainsi, la plus grande partie de sa félicité doit être cherchée au for intérieur, dans les joies de la conscience et de l’esprit.
« Et après l’avoir ainsi disposé à la modération, nous lui ferions comprendre qu’aucun homme, aucune classe de la société ne pouvant être accusée du mal collectif, toute pensée de représailles doit être abandonnée, et qu’après nous être si longtemps écartés de la justice, notre devoir est de revenir à l’équilibre par une marche graduelle qui ne soulève pas de colères, et ne fasse ni coupables, ni victimes.
« Vous chargerez-vous, ô prêtres, tandis que nous prêcherions ainsi le prolétaire, de prêcher de votre côté les puissants et les riches ? Ce jour-là serait un grand jour, et la paix serait bientôt faite. »
Oh ! oui, nous le ferons, nous l’avons déjà fait depuis des siècles, et pour les pauvres, et pour les puissants et les riches. C’est nous, ce semble, qui vous avons enseigné tout cela. Mais il est bon que vous le compreniez enfin, en croyant l’avoir découvert.
Oui, c’est ainsi et ainsi seulement que se feront la paix et le progrès, que sera terminée la crise qui dure depuis bientôt un siècle, et ce sera la plus grande, la plus puissante et la plus évidente démonstration évangélique et catholique qui se soit jamais faite.