Il n’y en a qu’une dans le monde, le christianisme ; les autres ne sont pas discutables.
Donc en persévérant, on démontrera que, pour vivre de pain, il faut vivre d’abord de vie morale, et que, pour vivre de vie morale, il faut vivre de Dieu, du Dieu de l’Évangile.
On démontrera, dis-je, que Dieu seul multiplie les pains, et l’on verra par expérience que Dieu, Dieu incarné et réellement présent dans l’Église catholique, est la seule force qui multiplie les pains. Jésus-Christ seul multiplie les pains.
Et telle est en réalité, je l’espère, la marche que va suivre, et même que suit dès à présent, l’histoire des peuples européens.
II
Il y a parmi nous, depuis longtemps déjà, une bonne volonté générale et croissante d’améliorer le sort des hommes qui souffrent, c’est-à-dire de la grande masse humaine qui couvre la terre.
Mais, il y a cent ans, les hommes qui, comme Voltaire, parlaient le plus d’humanité et du soulagement des opprimés, ces hommes espéraient délivrer les peuples, et leur apporter le bonheur en les livrant à la nature et à la volupté, en leur donnant la liberté sans frein, et en brisant le joug des lois morales.
Aujourd’hui, grâce à Dieu, s’il est un point que les tribuns les plus fougueux soutiennent avec ardeur, dans la lumière de l’évidence et dans le détail de la science, c’est la Morale, comme unique source du progrès.
Aujourd’hui, l’esprit du siècle dit : Nul progrès, nul bonheur, sans loi morale ! et sans le culte austère de la justice ; travail, continence et sobriété ! Justice et loi morale ? Voilà ce que disent toutes les voix. Mais plusieurs crient : Point de religion ! Or, avant cent ans, j’espère, tous les yeux verront que si la vie du corps, si le pain quotidien n’est donné que par la vie morale, la vie morale, à son tour, n’est donnée que par la religion.
Je sais un homme, considérable et fort connu qui m’assure être devenu chrétien par cette voie expérimentale : « Je me suis attaché, me dit-il, à quelques familles pauvres que j’ai suivies, pendant plusieurs années, dans tout le détail de leur vie, me demandant : Comment leur donner le bien-être ? J’ai vu qu’un progrès de bien-être dépendait d’un progrès moral, et qu’un progrès moral dépendait d’un progrès religieux. Ceci est à mes yeux de la science expérimentale aussi certaine que celle des lois physiques. — J’ai fait plus. J’ai conseillé le même travail à des jeunes hommes indécis dans leurs convictions. Je leur ai dit d’entreprendre, sans aucun préjugé, ni parti pris, l’étude suivie et détaillée de quelques familles pauvres, et de chercher la cause et le remède. Leur conclusion n’a jamais varié : nul progrès de prospérité sans un progrès moral ; nul progrès moral sans progrès religieux. »