Ne pourrait-on pas, disais-je déjà il y a vingt ans, au lieu de ces punitions ridicules qui consistent à faire copier aux enfants une centaine de vers pendant huit ans,—ne pourrait-on pas imaginer des punitions qui ne leur enlèveraient pas le grand air et un exercice indispensable à leur santé et aux développements de leur être physique?—Les priver de récréation, c'est-à-dire de jeux actifs, violents, bruyants même, c'est aussi absurde que si on leur retranchait, par punition, une partie de leur nourriture.
On a imaginé le pain sec par punition, il est vrai, mais ça n'a pas inventé la diète.
Il faut absolument supprimer les pensums;—voraces, comme les appelle Victor Hugo,—le premier Hugo,—Hugo, à la fois l'ancien et le superbe,—dans ces vers divinement beaux,—Ce qui se passait aux Feuillantines.
Voraces, car ils dévorent la joie, la gaieté, la force et la santé des enfants,—et les remplacent par l'ennui,—que dans la même pièce Hugo peint si admirablement:
L'ennui,
Ce pédant, né dans Londres, un dimanche en décembre.
Et je proposais de remplacer les pensums par une occupation «non amusante», qui exercerait les forces en plein air,—bêcher la terre, tirer de l'eau à un puits, porter du sable sur une brouette, arroser le jardin, etc.
Ces corvées substituées au pensum, tout en privant l'écolier paresseux et insubordonné des jeux qui l'amusent, ne le priveraient pas de l'air et de l'exercice, sans lesquels il ne peut ni vivre ni se développer.
Un jour, je crus avoir gagné en partie mon procès, je ne sais plus quel «grand maître de l'université», on appelait alors ainsi le ministre de l'instruction publique,—fit un demi-coup d'État. C'était vers 1840, je crois;—il n'osa pas supprimer le pensum,—cette antique euménide, mais il le réduisit à n'occuper «qu'une partie de la récréation». On mettait des limites à la voracité du pensum,—il ne dévorerait plus qu'une partie des récréations, qu'une partie de la santé des enfants: il les dévorait, il ne fera plus que les grignoter.
Ce n'était pas assez, mais