Il ne l'embrassera pas.

J'ai vu une seule fois l'homme ainsi en scène malgré lui, baiser la main de la femme, et être couvert d'applaudissements.

Voici ce que les directeurs de ces théâtres, ou les auteurs, avaient imaginé, et ce que probablement ils font encore aujourd'hui.

Entre deux grands actes, à décors, à costumes, à trucs, à mise en scène, à évolutions, etc.;—ils placent un petit acte, un tableau, insignifiant, sans intérêt, un hors-d'œuvre,—un dialogue quelconque entre des personnages secondaires de la pièce, ou des acteurs qui n'ont pas à changer de costume.—Pour ce tableau, une toile de fond tombe à trois mètres de la rampe,—c'est un salon, ou une forêt, ou un palais, ou une mansarde, ou une prison, ou la mer, peu importe; le rideau levé, cet espace, avec l'avant-scène, suffit pour que deux ou trois acteurs puissent y réciter un bout de dialogue, faisant cinq ou six pas de largeur et deux ou trois sur la profondeur, en venant jusque sur les quinquets.—Ce bout de dialogue est généralement accompagné du bruit des marteaux et de la voix des machinistes;—ça n'est pas poignant, comme action; ça n'est pas navrant, comme intérêt;—mais ça occupe les yeux et un peu l'esprit des spectateurs;—ils attendent que ça finisse, comme on attend sous une porte qu'une pluie d'orage cesse de tomber.

Or, pendant ce temps, ces machinistes qui crient,—ces marteaux qui frappent, préparent l'acte suivant avec ses décors, ses splendeurs, ses surprises;—pendant ce temps, on change ou on revêt les costumes,—on se groupe sur le théâtre,—les régisseurs placent les figurants et les figurantes,—on fait l'appel des accessoires,—quand on est prêt, l'acte postiche est fini,—on baisse le rideau,—l'orchestre joue quelques mesures,—on frappe les trois coups, et le public applaudit... la brièveté de l'entr'acte,—il est bien disposé et rien ne l'empêche de se livrer à l'admiration que lui cause ensuite le lever du rideau.

Eh bien! le règne de M. Thiers,—le pacte de Bordeaux,—la présidence de M. de Mac-Mahon, c'est le tableau entre deux actes,—on cause, on jase, on discute, on se querelle ou on fait semblant de se quereller sur le devant de la scène, les pieds sur la rampe,—mais tout ça, ça manque de profondeur,—le public ne prête qu'une attention médiocre ou distraite à ce que débitent les quelques acteurs qui n'ont pas à changer de costume, ou les utilités, ou les comparses qui occupent le devant du théâtre; mais ce qui l'intéresse, c'est de tâcher de surprendre et la signification des coups de marteau, et quelques paroles des machinistes,—de saisir, par les bruits qu'on dissimule le plus possible, si c'est sur le côté cour, ou le côté jardin, à droite ou à gauche, que l'on place les décors et les portants;—au lieu de trouver que la voix des machinistes et les marteaux empêchent d'entendre les acteurs, on aurait envie de faire taire les acteurs pour prêter ses deux oreilles et toute son attention au bruit des marteaux et à la voix des machinistes, et de leur crier: Silence! laissez-nous entendre le bruit.

Que fait-on là, derrière cette toile du fond?

Quand le rideau s'abaissera, puis se relèvera pour tout de bon,

Qu'est-ce que le théâtre va représenter?

Un palais ou une place publique?