Il aurait évité le reproche que tenteront de lui faire ses ennemis, d'avoir tiré un bénéfice matériel d'une situation à laquelle c'était seulement de la gloire qu'il y avait à demander,—reproche auquel il va sans doute répondre victorieusement, ne pouvant souffrir que l'histoire, au lieu d'une similitude, ait à enregistrer une parodie.
On n'oserait vraiment compter ceux pour lesquels nos désastres ont été un bonheur et qui ne voudraient pour rien au monde que «ça ne fût pas arrivé».—Prenez vous-même, lecteur, le soin d'interroger un à un les hommes aujourd'hui en vue,—moi je n'en ai pas le courage.
M. Thiers n'est jamais descendu du pouvoir, il en a toujours été précipité,—et jamais il n'y est resté longtemps, parce qu'il n'a ni principes, ni convictions. Le pouvoir n'est pas pour lui un moyen d'appliquer telles ou telles idées;—loin de là, le pouvoir est le but, et, au besoin, il sacrifiera ses idées pour y grimper ou s'y maintenir.
Jamais on ne l'a vu, lorsqu'il n'est pas ministre, mettre honnêtement et loyalement ses talents et ses aptitudes, qui sont une puissance, au service du gouvernement et du pays;—il a lui-même appelé la situation en ce cas: «Être sur le pavé.» Il n'a plus de devoirs, il n'a plus de rôle; si ce n'est d'escalader de nouveau le pouvoir par tous les moyens.—Quand il est au pouvoir, dans certaines circonstances, il y rend des services, lorsque ces services peuvent consolider sa situation, mais souvent les périls contre lesquels il nous défend, c'est lui qui les a créés.
A force de pousser le gouvernement de Juillet sur des pentes et au bord du précipice,—jeu qu'il jouait sinon de concert, du moins simultanément avec M. Guizot,—il est venu un jour où il n'a pu l'empêcher d'y tomber.
Sans ses intrigues, en 1848, une république modérée, sous la présidence de Cavaignac, qui avait fait ses preuves et donné de terribles gages, aurait alors été instituée, et nous aurions évité l'Empire et la Commune. Son but aujourd'hui est de rendre la fausse république de MM. Pyat, Naquet, Grousset, Gambetta, Ferrand, Gaillard père, etc., tellement imminente, qu'on ait recours à lui pour la couper en deux, c'est-à-dire pour former d'une partie du centre droit, du centre gauche et des moins compromis de la gauche, un parti, une majorité, qui puisse lutter contre l'extrême gauche;—il n'est nullement certain, le cas échéant, qu'il y réussisse, parce que le parti de MM. Cluseret, Lacour, Gambetta, Pyat se sert de lui, comme il se sert d'eux.
M. Pelletan l'a dit: il n'est pour eux qu'un cheval de renfort.
La politique, le jeu de M. Thiers, c'est le jeu de ce chirurgien qui poignardait le soir dans son quartier des passants, qu'on lui apportait ensuite naturellement à panser chez lui où il s'était hâté de rentrer.
C'est ce que faisaient certains «sauveteurs» qui jetaient des gens à l'eau, puis les en tiraient et réclamaient la récompense.
M. Thiers désigne aux gamins les maisons dont il faut casser les vitres, il leur indique les tas où on peut prendre des pierres, puis ensuite, il passe devant ces mêmes maisons en criant: