Et là-dessus on montre en petit comité et l'on menace de publier—le fac simile d'un testament de Napoléon Ier qui contiendrait ceci:
«Napoléon Ier prévoyait l'extinction de sa descendance directe. Dans le cas du décès du roi de Rome, il recommandait à ses héritiers «d'écarter du trône la branche du roi Louis de Hollande», sous ce prétexte que le roi Louis avait été l'un des premiers à l'abandonner dans la mauvaise fortune, et peut-être aussi parce que la légèreté bien connue de la reine Hortense n'était guère de nature à garantir l'intégrité de sa race.»
C'est vif.
Ceux qui vivaient et étaient un peu «répandus» vers 1836,—à l'époque de la première tentative de Louis Bonaparte,—et qui avaient vu la révolution de Juillet se faire au cri bizarrement incohérent de «vive Napoléon et la liberté», s'étonnaient qu'une revendication de la succession du trône impérial, revendication qui ne pouvait s'appuyer que sur la «légende napoléonienne» vulgarisée, embellie, ornée, enjolivée par presque tous les écrivains du temps, comme arme de guerre contre «la Restauration», Victor Hugo, Bérenger, M. Thiers, etc., et des journalistes comme Armand Carrel, et à peu près tous libéraux—fût faite par un neveu de l'empereur,—et par ce neveu-là, lorsqu'il y avait à Paris deux fils de Napoléon parfaitement connus,—l'un, dans le monde, et y jouissant d'une légitime considération, le comte Walewski,—et l'autre un peu en dehors du monde, un certain comte Léon, qui, dans un procès intenté à sa mère, femme d'un diplomate allemand, et gagné contre elle, avait fait judiciairement constater son impériale extraction pour revendiquer une somme d'argent que lui avait laissée son père.—Celui-ci présentait une particularité singulière,—c'était une ressemblance des plus frappantes avec Napoléon Ier.
Il était lié avec Nestor Roqueplan, alors rédacteur en chef du Figaro.—Je me souviens qu'un matin, arrivant à la cité Bergère, je le trouvai faisant des armes avec Nestor,—je pris le fleuret à mon tour, nous déjeunâmes ensuite, et passâmes plusieurs heures ensemble.—Nestor s'apercevait de l'attention que je portais au visage du jeune homme, et me dit: «Je vois ton étonnement.»
«Je vais d'abord l'accroître, et je te l'expliquerai ensuite.»
En effet, nous vîmes bientôt entrer Étienne, un coiffeur de la rue Vivienne, auquel le Figaro d'alors avait fait une célébrité.
«Vous allez, lui dit Nestor, couper les cheveux à monsieur, en vous conformant au modèle que voici:»
Et il jeta sur sa toilette une pièce de cinq francs à l'effigie de Napoléon Ier.
L'artiste se mit à la besogne, avec toute l'application possible,—et, l'opération terminée, la ressemblance était si frappante, qu'Étienne, enthousiasmé, s'écria: «vive l'empereur!»