... Dei jussu non unquàm credita Teucris.
J'ai, il est vrai, épars dans le monde, un auditoire d'amis connus et inconnus qui me lisent fidèlement depuis trente ans, dont quelques-uns me crient de loin:—Courage,—vous avez raison,—nous sommes avec vous.
Mais ils sont tous éparpillés, ne forment pas corps,—sont isolés comme moi,—un peu paresseux ou découragés,—et s'occupent peu ou point de multiplier mes lecteurs.
Les moineaux se réunissent sur les toits pour se chamailler, les oies volent en troupe, les hannetons et les chenilles s'amassent en tas;—mais les rossignols vivent et gazouillent solitaires dans les aubépines.
J'ai quelquefois cherché le secret du peu d'influence que j'exerce sur le présent, en même temps qu'une certaine autorité à l'égard du passé.
Voici ce que j'ai trouvé:
Il y a toujours en France une folie épidémique, dominante, régnante;—tout le monde devenant fou à la fois, et de la même folie, personne ne s'aperçoit de la folie commune; lorsque tout le monde va aux Tuileries ou à l'Hôtel de Ville,—que deux ou trois veuillent arrêter cette foule et marchent en sens inverse, on les bouscule, on les fait tourner, ils sont heureux si on ne les foule pas aux pieds; tout le monde crie:
Vive la charte!
Vive la réforme!
A Berlin!