Qui peut entendre une seule voix qui dit: Ne crions pas tant et agissons mieux?

A ces cris tumultueux, d'autres cris ne tarderont pas à succéder,—la foule prendra bientôt une autre direction, mais ce seront des clameurs aussi violentes, aussi furieuses, aussi assourdissantes, des à bas remplaçant des vivats,—une folie contraire, mais une folie égale, une course aussi effrénée, mais dans le sens précisément contraire;—hier, on courait à Charybde; aujourd'hui, on court à Scylla;—toujours on court, et toujours à l'écueil.

L'écrivain, l'homme politique, le philosophe—qui ne partage pas la folie du moment, n'est jamais l'objet de cette popularité enthousiaste, de cet engouement—qui seront à peu de temps de là remplacés par le dénigrement et le mépris, lorsque viendra le moment de s'enthousiasmer, de s'engouer pour la folie contraire.

L'homme qui marche seul, qui ne s'affilie à aucun parti, à aucune coterie, à aucune complicité,—non seulement n'a point d'allié, mais encombre les chemins, ralentit et éclaire la marche, et semble un témoin importun, peut-être moqueur, peut-être dénonciateur.

C'est au moins un gêneur, c'est peut-être un gendarme.

Un publiciste a dit:

«En politique, l'indépendance, la modération, l'impartialité, c'est la condamnation à l'isolement.

»En politique, tous les hommes suspects de bonne foi sont tenus en quarantaine perpétuelle par les coteries.»

Ainsi, voyez ma situation à l'égard du parti soi-disant républicain:—je professe les principes qu'ils arborent,—j'attaque les abus qu'ils feignent d'attaquer,—je dis ce qu'ils braillent,—je demande le progrès qu'ils font semblant d'exiger; mais il s'agit bien des principes, des abus, des progrès!—il s'agit d'une association, d'un complot entre les membres d'une coterie—combattant sous un drapeau de pièces et de morceaux,—la culotte d'arlequin au bout d'un bâton,—pour arriver au partage du butin.

Lorsque la partie est finie, gagnée par les uns, perdue par les autres; lorsque les enjeux sont ramassés, les gagnants n'ont plus peur qu'on dévoile leurs tours, leurs trucs, comme on dit aujourd'hui; les perdants ont pris leur parti, songent à la revanche, et ne sont pas fâchés qu'on leur dise pourquoi et comment ils ont perdu.