—«Que voulez-vous,—disait l'un d'eux un jour,—nous faisons les riches autant que nos moyens nous le permettent.»

Aussi, la chambrée qui, au début, ne s'ouvrait que le soir, est tout le jour occupée par quelques oisifs. Dans nos villes du midi, les travailladous, les travailleurs de terre, habitent en grand nombre dans ce qu'on appelle partout la vieille ville. Tous les matins, ils partent pour aller aux environs cultiver le morceau de bien qui leur appartient en propre ou qu'ils tiennent à moitié du petit bourgeois; d'autres, exploitant des terrains plus importants et plus éloignés, restent dans les fermes. Qu'un nuage passe sur le soleil et laisse tomber quelques gouttes de pluie, le paysan quitte sa charrue et rentre à la maison.

—«Eh bien, tu ne fais rien, dit la femme?

Tè! tu veux que je travaille par un temps pareil? A quoi bon se laver la peau pour les maîtres.

—Mais c'est bien pour toi aussi.

—Va bien. On sait ce qu'on sait; si le bien nous appartenait... M. Raynaud nous parlait l'autre jour...

—Qu'est-ce qu'il disait encore ce ruiné?

—Il disait que la terre... que c'est nous... que, enfin, il faut nommer Gambetta, et que tout ça changerait.

—Ton bavard de M. Raynaud, je voudrais que le diable...»

La ménagère bougonne, le mari siffle un air, va se changer et part pour la chambrée, brandissant fièrement le parapluie de cotonnade rouge, signe du ménage cossu. Au bout d'un quart d'heure la pluie cesse, le soleil reparaît. «Heu! dit notre homme, à présent que je me suis détourné (dérangé du travail), autant vaut que j'aille voir les amis.»