M. Veuillot ne fera pas mieux le jour où il se brouillera avec ses amis d'aujourd'hui, ce que ne considéreront pas comme impossible ceux qui ont lu dans les Guêpes l'histoire de quelques-unes de ses «variations» à propos de la république et de la royauté.

Lorsqu'il fut question de l'annexion de Nice et de la Savoie à la France, je m'y montrai très opposé dans divers écrits que je publiai alors.

Je suis ennemi irréconciliable des conquêtes, des annexions, etc., et cela autant dans l'intérêt des conquérants que des conquis, des «annexants» que des annexés.

Je crie alors aux conquérants et aux «annexants,» aux rois cueilleurs de palmes et moissonneurs de lauriers: «Mais, malheureux, vous en avez déjà trop de pays et de sujets pour la façon dont vous les gouvernez.

»Vous faites entrer malgré elles dans votre famille des populations qui seront ennemies pendant cent ans, etc.»

Je conseillai donc alors aux habitants de Nice de bien réfléchir, de comprendre qu'ils allaient renoncer à être Italiens au moment où l'Italie renaissait,—pour devenir Français au moment où la France voyait la liberté s'endormir pour un temps sous l'empire.

Je leur disais: «On va vous consulter, je sais bien quelles influences on fera agir,—mais si vous mettez résolument dans les urnes un nombre de NON considérable, on n'osera pas vous annexer.»

J'ai encore un écrit signé de noms très honorables que m'adressa alors, pour me remercier, une commission italienne.

L'annexion néanmoins fut prononcée à une immense majorité;—je pris alors la parole dans les journaux du pays, et je dis: «Vous l'avez voulu, la chose est faite;—comme cette situation ne pourrait plus changer sans honte ou sans désastres pour la France, vous trouverez tous les Français et moi-même, si contraire au principe des annexions, résolus à maintenir celle que vous venez d'accepter.»

La ville de Nice, depuis son annexion, a sous certains rapports acquis de grands développements.—Quelques habitants constituent encore, il est vrai, un parti séparatiste,—ce parti comme beaucoup d'autres partis, compte un petit nombre d'esprits honnêtes, convaincus, élevés, mais aussi des gens qui aiment mieux être mécontents d'un gouvernement quelconque, que d'être mécontents d'eux-mêmes,—qui se plaisent à attribuer au gouvernement français, comme ils l'attribueraient demain au gouvernement italien, les résultats de leur paresse ou de leur incapacité.—Si ce parti italien a fait sans grand danger quelques tentatives de désordre,—ces tentatives sont dues aux suggestions d'un ou deux hommes qui, après avoir favorisé traîtreusement l'annexion, ont dû à cette opération une fortune rapide et scandaleuse, et feignent, pour se faire pardonner, par certains aveugles, moins la trahison que la fortune, une haine irréconciliable, mais prudente contre la France.