Chacun a son drapeau sous lequel il prétend réunir les autres qui ont chacun la même prétention à son égard; on ne comprend pas qu'il ne s'agit pas de Henri V, de Bonaparte IV, de Louis-Philippe II, de Mac-Mahon I, et de Broglie 0,—qu'il s'agit de la société.
La partie serait égale si chacun mettait son drapeau dans sa poche,—ou, si c'est un trop grand effort à demander, si on accrochait tous les drapeaux à la même hampe—et si, fût-ce sous la culotte d'Arlequin, on obéissait résolument à une seule et même tactique, à une seule et même discipline.
Mais, telle que la bataille s'engage, la partie n'est pas égale—et le flot de l'anarchie et de la barbarie gronde et va monter,—il monte déjà.
Je suis effrayé de voir que les soi-disant conservateurs reculent devant une réforme électorale radicale—et qu'ils s'avancent étourdiment à une bataille aussi imprudemment engagée—que la guerre contre la Prusse l'a été par l'Empire, sans alliances, sans troupes, sans vivres, sans munitions.
Je l'ai dit, je l'ai répété sous toutes les formes,—ceux même, et le nombre n'en est pas méprisable, qui m'écrivent que j'ai raison,—ne font aucun effort sérieux pour mettre en pratique ce qu'ils approuvent—et ce qu'ils reconnaissent être une voie de salut.
Je reviens donc aux prédications de Me Jules Favre,—le vieux diable,—qui depuis quelque temps parle beaucoup de Jéhovah et de la Bible—et aux conférences de Legouvé.
Et je dis:
Le suffrage dit universel tel qu'il se pratique aujourd'hui étant accepté,—il n'existe aucune raison pour que les femmes soient exclues du droit de voter,—du choix des représentants et du gouvernement de la France dépendent, pour les femmes aussi bien que pour les hommes, et leur liberté et leur fortune,—la fortune et la vie de leurs enfants.
Pour qu'elles fussent privées justement du suffrage, il faudrait établir que la plus intelligente des femmes est encore moins intelligente que le plus stupide des hommes; tandis au contraire que la femme naît mieux douée que l'homme;—voyez une petite fille et un petit garçon du même âge,—voyez dans les classes sans culture, comme la femme est supérieure à l'homme,—voyez comme, dans presque tous les ménages d'ouvriers, ceux qui prospèrent sont ceux où la femme conduit l'embarcation et «tient la barre».
L'homme, je le veux bien, je le crois même, est plus capable d'acquérir, d'apprendre, de se perfectionner,—même en faisant la part qu'ont dans cette infériorité relative des femmes, leur tempérament, leur éducation et nos mœurs.