XLIII

Clotilde de Sommery à Tony Vatinel.

«Avant tout, mon cher ami, il faut que je vous recommande de ne plus vous servir, en guise de poudre, pour vos lettres, de cet affreux sable rose; cela a pour moi de graves inconvénients.

»Il y a eu hier à dîner, à la maison, quelques voisins de campagne; j'étais habillée, à peu de chose près, quand on m'a remis votre lettre. Je l'ai trouvée si douce, si ravissante de grâce et d'amour, que, ne pouvant la lire qu'une fois, je n'ai pas voulu m'en séparer.

»Je l'ai mise précipitamment dans mon sein, et je suis descendue.

»Je n'ai pas tardé à sentir d'affreuses démangeaisons, puis des piqûres, et enfin un supplice qui m'a donné une idée parfaitement complète de ce que devaient éprouver les martyrs que l'on écorchait vifs.

»Il m'a fallu supporter cela sans rien dire tout le temps qu'a duré le dîner, et vous savez combien de temps dure un dîner en province. Enfin je suis remontée à mon appartement, et j'ai trouvé dans votre lettre encore quelques grains de ce sable.

»On n'a pas, mon cher ami, la peau aussi dure que vos pêcheuses d'équilles. Je suis très-petite, et je vous prie de croire que la nature ne m'a pas construite avec plus de négligence qu'une autre.

»Je ne suis pas simplement, comme on pourrait le croire, un peu moins de femme qu'une autre; tout en moi a plus de délicatesse; mes cheveux sont plus fins et ma peau plus mince; sans cela, ma petite taille serait une difformité.

»Or, chacun des grains de sable de votre lettre a fait sa blessure; j'ai la poitrine entièrement tatouée.