Dans les idées d'égalité qui règnent aujourd'hui, c'est-à-dire d'abaissement des grands au-dessous des petits; dans ces idées où il n'y a de tyrannie que celle des opprimés, c'est toi qui braves le préjugé; toi roturière, tu consens à épouser un noble!
Presque tous les romans se faisaient autrefois sur cette thèse:
«On a vu des rois épouser de simples bergères.»
Mais qu'a cela d'étonnant aujourd'hui? Quel obstacle sépare les bergères des rois jusqu'au moment où on ne trouvera plus de bergère assez simple pour consentir à épouser un roi?
Il ne me reste qu'un espoir, c'est que ton jeune forban, le Vatinel aux cheveux noirs, t'enlève en qualité de pirate, ou fende d'un coup de sa hache d'abordage la tête du jeune Arthur de Sommery, ton fiancé, et peut-être déjà ton époux.
Mais, sérieusement, une chose me console de voir qu'aucune de nous trois ne réussira à faire un petit roman; c'est la mauvaise humeur qu'aura Alida de ce mariage, qui te donnera un nom dont elle était si impertinente, et dont, malgré la parenthèse (née de Sommery), aucune de ses amies n'a la charité de la faire annoncer dans son salon.
Je ne te dis pas de me répondre: ta dernière lettre m'annonçait que tu avais autorisé l'amoureux Arthur à demander ta main à son père; le reste va tout seul. Tâche seulement que la noce se fasse à Paris; sinon je ne pourrai pas te tenir la promesse que nous nous sommes faite de nous servir réciproquement de demoiselle d'honneur.
Zoé.
XIII
Clotilde à Zoé.