ZOÉ. Tais-toi... Tu n'as, en m'abordant, ni émotion ni embarras.. Tu ne m'aimes pas, tu n'es pas amoureux de moi; c'est évident. Ne m'interromps pas; ce que je dis là n'est pas très-facile à dire; si tu m'interromps, il me sera impossible de continuer. Je ne t'aime pas non plus.

CHARLES. Eh!...

ZOÉ. Tout à l'heure nous nous sommes baissés pour ramasser mon mouchoir, nos cheveux se sont touchés et nous n'avons frémi ni l'un ni l'autre, je t'attendais, et je n'ai pas mis plus de soin à ma coiffure qu'hier que je ne t'attendais pas; le bruit de tes pas dans l'escalier ne me fait nullement battre le cœur; je ne reconnais pas ton coup de sonnette. Quand tu n'es pas là, si on vient à parler de toi, je ne me sens pas rougir et je me mêle sans aucun embarras à la conversation, si on dit du mal de toi, j'ose te défendre; si on en dit du bien, ce qui, je dois l'avouer...

CHARLES. N'arrive pas souvent?

ZOÉ. C'est toi qui l'as dit. Eh bien! mon cher cousin...

CHARLES. Eh bien! ma chère cousine?

ZOÉ. Nous ne nous aimons pas.

CHARLES. Je suis tout étourdi de ta science. Où diable l'as-tu puisée?

ZOÉ. Dans des livres, l'histoire du cœur.

CHARLES. Si tu t'en rapportes à tes livres, il est clair que nous ne nous aimons pas.