CHARLES. De l'anisette, du curaçao, c'est écœurant: donnez-moi du dur, du rack ou du wisky, sacredieu! du coupe-figure, du casse-gueule, du tord-boyaux.

Les deux amis de Dimeux s'en allèrent; Charles et Robert restèrent seuls. Charles but son verre de wisky d'un seul coup et se détourna pour cacher à Robert qu'une partie lui en ressortait par les yeux en larmes d'angoisse. Robert s'était, comme cela lui arrivait quelquefois, donné à lui-même une petite représentation des ridicules du jeune homme. Quand ils ne furent qu'eux deux, il pensa que l'absence des spectateurs rendrait moins odieux à Charles d'être lui-même, et lui donnerait moins de honte de paraître un bon et excellent jeune homme. Il cessa donc de provoquer ses sorties, et prit la conversation sur un autre ton.

ROBERT. Charles, il ne faut pas quitter votre place, même quand vous auriez le malheur de perdre votre excellent père. Votre existence est parfaitement arrangée: vous n'avez qu'à vous laisser aller sans efforts au courant de la vie; d'ici à un an, vous épouserez votre cousine Zoé, qui est une charmante fille, et vous aurez la plus heureuse vie du monde.

CHARLES. Ma cousine Zoé? Ah! oui, c'est encore une des billevesées de ma famille. On voudrait me marier, me marier dans un an; mettre déjà un terme à ma liberté et à mon heureuse vie de garçon, si pleine de fêtes et de plaisirs; et, d'ailleurs, je n'aime pas Zoé.

ROBERT. Vous êtes difficile.

CHARLES. Un peu.

ROBERT. Elle a une taille charmante.

CHARLES. Elle est maigre.

ROBERT. Dites svelte et élancée.

CHARLES. Elle a les mains rouges.