ZOÉ. Adieu, Charles.»

Charles s'arrêta devant une glace comme pour arranger sa cravate, mais ses yeux ne regardaient pas; il semblait attendre que quelque chose le retînt à défaut de quelqu'un. Enfin il se décida, et sortit presque brusquement en disant: «Adieu.—Adieu,» répondit Zoé.

Le lendemain, à l'heure où Robert avait passé à cheval, Charles fit arrêter vis-à-vis de chez Zoé un fiacre dont les stores étaient fermés.

Robert passa et regarda à la fenêtre, mais elle était fermée.

Charles sentit son cœur s'épanouir. Il aimait Robert; il eut envie de l'appeler pour lui serrer la main.

XXVI

A propos de mimosa, dont nous avons parlé tout à l'heure, beaucoup de personnes ont aujourd'hui des branches et des feuilles du saule qui ombragea la tombe de l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène. Il n'y a, à l'authenticité de cette relique, qu'un inconvénient: c'est qu'il n'y a sur cette tombe pas le moindre saule, mais bien un magnifique mimosa.

XXXVII

Un soir que Robert avait rencontré Clotilde dans le monde, il lui dit: «Vous n'êtes pas encore allée aux bals de l'Opéra. C'est cette nuit le troisième. Y viendrez-vous?—J'en avais bien quelque envie; mais mon mari est un peu souffrant et ne peut m'y mener.—Eh bien, regardez là-bas votre sœur avec la jeune veuve que vous savez: voyez comme elles paraissent affairées. Je gage qu'elles partiront avant minuit.—Quel rapport cela a-t-il?—Je vous le dirai plus tard.—Plus tard, je ne voudrai plus le savoir.—Ceci n'est qu'une ruse pour savoir tout de suite. D'ailleurs, je ne vous le dirai pas malgré vous. Êtes-vous engagée pour cette contredanse?—Oui.»

Robert quitta madame de Sommery et rencontra Charles, auquel il reprocha de négliger Alida. «Où en êtes-vous? lui dit-il.—Mais on n'a pas répondu à ma lettre.—On ne répond jamais à une première lettre.—Et vous?—Comment, moi?—N'êtes-vous pas devenu amoureux en même temps que moi?—Ah! oui,» dit Robert très-négligemment. Et il traversa le salon. Charles fut très-offensé qu'on parlât ainsi de sa cousine, d'une femme qu'il avait dû épouser. Il pensa qu'il devait l'en avertir, et alla auprès d'elle. «Zoé, lui dit-il, j'ai à te parler; nous allons danser ensemble.—Impossible, je suis engagée.—La suivante?—Je le suis aussi. Je ne puis te promettre que la sixième.—Ma foi, ma chère cousine, je n'ai pas assez de mémoire pour m'engager; tant pis pour toi! c'était dans ton intérêt que je voulais te parler.—C'est pour cela que tu y renonces si facilement.—Tu as là un assez vilain bouquet.—J'en avais un plus beau; mais je ne sais qui me l'a envoyé, et je n'ai pas cru devoir le porter.—Des camellias ponctués et du jasmin d'Espagne?—Oui; comment le sais-tu?—Tu sais donc qui t'a envoyé celui que tu as à la main?—Oui, c'est M. Dimeux. Mais...—Je ne comprends pas que l'on reçoive ainsi des bouquets.—Est-ce donc toi qui m'as envoyé l'autre, par hasard? Je t'en ai toujours jugé incapable.—Il est cruel, dit Charles en riant, de n'être pas mieux apprécié par ses contemporaines.»