Robert vint prendre Zoé pour la contredanse. Charles ne dansa pas. Il alla s'asseoir près d'Alida, qui avait annoncé qu'elle était fatiguée et ne danserait plus.

Robert récita à Zoé, pendant la contredanse, trois ou quatre pages de la Nouvelle Héloïse. Zoé avait cherché son cousin, et l'avait enfin trouvé causant très-attentivement avec Alida. De ce moment, elle fut tout à fait absorbée. On venait de danser la pastourelle, et Robert entamait sa quatrième page. Il crut devoir y ajouter un peu de son cru et dire: «De grâce, charmante Zoé, répondez-moi, ne me dites qu'un mot, fût-ce le plus dur du monde; mais répondez-moi!—Hélas! monsieur, dit Zoé, je suis réellement bien honteuse de ce que j'ai à vous dire; mais je dois vous avouer que, de tout ce que vous me dites depuis le commencement de la contredanse, je n'ai pas entendu un seul mot.»

On dansa le chassé-croisé. Robert reconduisit Zoé à sa place, et, comme la pendule marquait minuit, il se retrouva près de madame de Sommery, à laquelle il dit:

«La veuve et Alida s'en vont à minuit juste; si la pendule retarde, Alida risque fort de perdre, comme Cendrillon, sa pantoufle de verre.

CLOTILDE. Oh! le prince qui la ramasserait n'en perdrait pas la tête.

ROBERT. Maintenant, je lis dans les astres que votre mari médite de venir vous demander si vous tenez beaucoup à rester tard, parce qu'il est fatigué et même un peu souffrant.

CLOTILDE. Mais enfin, qu'est-ce que tout cela veut dire?

ROBERT. Que votre mari, madame Meunier et la veuve vont au bal de l'Opéra, et qu'on veut vous coucher pour être libre.

CLOTILDE. Croyez-vous?

ROBERT. Vous allez voir se réaliser ma seconde prédiction comme la première. Voici venir M. de Sommery.»