Madame de Sommery avait une robe de mérinos amarante, à taille courte et à manches étroites; un faux tour de cheveux noirs, un bonnet surchargé de rubans jaunes. Jamais une figure ne peignit plus d'apathie; elle n'avait de force que pour exister et faire à peu près mouvoir ce gros corps qui semblait n'avoir pas été prévu dans ce que la nature lui avait donné de puissance motrice.

Madame Meunier, née Alida de Sommery, était une femme quelconque, avec une robe, une figure, des poses, des gestes, une voix également quelconques; mais le tout, robe, gestes, voix, figure, à la dernière mode de Paris.

Elle était en cela toute pareille à monsieur son frère, Arthur de Sommery.

C'est ce qui m'empêche, ô ma belle lectrice! d'insister sur le portrait de ces deux personnages. Si je les peignais exactement, ils seraient costumés à la mode de 1815, ce qui ne vous représenterait nullement des dandys; si, au contraire, pour vous mieux représenter la chose, je les habillais à la mode d'aujourd'hui, ce serait mentir à l'histoire...

III

Il y a là un trait que plus de trois millions de personnes trouveraient spirituel, et dont je me prive, ô ma belle lectrice! parce que vous ne seriez peut-être pas de cet avis.

Je pourrais, je devrais ajouter: «Et, pendant que je peindrais la mode d'aujourd'hui, elle aurait déjà changé.»

Je n'ajoute pas cette ligne et demie, et voici mes raisons:

J'ai commencé à regarder la mode en France comme on regarde tout, avec une idée toute faite sur les choses que l'on va voir:—déesse inconstante, capricieuse, bizarre, etc. etc.;—de même que, pendant plusieurs centaines d'années, on n'a vu dans une tempête que Neptune en courroux, dans une moisson jaunie que la blonde Cérès; c'est-à-dire que les descriptions ne se font pas d'après les objets eux-mêmes, mais d'après d'autres descriptions. Mais, en examinant de plus près, j'ai vu qu'il n'y a rien de si peu mobile que la mode, que l'on peut la figurer, comme l'éternité, par un serpent qui se mord la queue. En effet, voici, depuis que j'existe, les audaces que j'ai vu faire à la mode:

Une année, on porte les gilets trop longs, l'année d'après on les porte trop courts; la troisième année, trop longs, et la quatrième, trop courts. Les pantalons trop larges deviennent trop étroits, pour redevenir trop larges. Le chapeau élargit et rétrécit ses bords.