Louis XI, qui avait si peu marchandé la mort aux autres, en avait pour lui-même une terreur vengeresse.—Il se fit apporter la sainte ampoule et plusieurs reliques;—puis, comme on faisait des prières à un saint, demandant pour lui la santé du corps et le salut de l'âme, il interrompit le prêtre en disant: «Un peu de discrétion et pas d'importunité;—demandez seulement la santé—nous verrons le reste plus tard.»
Un «seigneur» avait défendu qu'on lui parlât jamais de mort.—Son secrétaire étant emporté par une maladie, on ne lui en dit rien;—mais, comme il le demandait opinâtrément, on lui dit: «On ne trouve votre secrétaire nulle part.»—Il comprit et n'en parla plus.
Les anciens évitaient le mot «mort»; ils se servaient de synonymes.—Cicéron, pour annoncer au Sénat la mort des complices de Catilina, dit: «Ils ont vécu (vixerunt).»
Ils avaient un autre mot très beau pour exprimer la même idée—defunctus—quitte, ayant payé sa dette.
Malheureusement, la «pratique» s'est emparée de ce mot—et l'a rendu vulgaire;—pour conserver le mot et l'étymologie, je l'écris defunct, comme on l'écrivait autrefois.
Quant à feu, on a voulu le tirer du celtique—puis de felix, heureux, puis de fatum, destin;—il est plus simple et plus vrai de le tirer du latin fuit,—il fut.
Les étymologistes se sont livrés à de curieux excès.—On sait que Ménage tirait alfana d'equus.
On a tiré haricot de fistula par le procédé que voici:
Fistula—fistularis—fistularicus;—retranchez fistul vous aurez aricus—haricot.