Il en est de même de la guerre sur terre.—Pompée «le Grand», qui n'avait ni fusils ni canons, put faire inscrire dans le temple de Minerve qu'il avait tué deux millions quatre-vingt-trois mille hommes. Ça, c'est le nombre des adversaires; car il ne donne pas le compte des soldats de son armée tués sous son commandement.

Vous me direz que Napoléon—non moins «le Grand», a fait tuer cinq millions de Français, et on peut supposer un nombre au moins égal d'Autrichiens, de Prussiens, de Russes, d'Italiens, d'Espagnols, d'Égyptiens, etc.

Les armes à feu seraient donc un «progrès»; mais on pouvait se contenter de ce que tuaient Pompée, César, Alexandre et les autres «grands hommes» au moyen des anciens engins de guerre—épées, haches, lances, javelots, etc.

De ce temps-ci, la recherche des armes à longue portée a été due en grande partie à la rancune, à la haine, à la défiance que le règne de Napoléon avait éveillé dans la mémoire des autres peuples,—et c'est surtout contre la furia francese et la charge à la baïonnette qu'on s'est efforcé de combattre de loin.

Je ne sais si, avec les nouveaux fusils, les nouveaux canons, la nouvelle poudre, les nouveaux boulets, on tue plus de monde qu'autrefois;—mais les conditions de la bravoure militaire sont changées.

La victoire, autrefois, était au plus fort, au plus adroit, au plus brave.

Elle peut aujourd'hui encore, favoriser la bravoure, mais ce n'est pas la même bravoure qu'autrefois.—On tue des hommes si éloignés qu'on ne les voit pas et qu'ils ne vous voient pas, et on est tué par eux.

La bravoure doit se faire de résignation et de fatalisme, c'est un apprentissage que les Français avaient à faire et qu'ils ont fait tout de suite:—car la nation française est la gent porte-épée;—Nullum bellum sine milite gallo, disait César; mais vrai,—il n'y a plus de plaisir à être héros.—A quoi servent aujourd'hui la grande taille, le regard terrible, la voix formidable,—les armes brillantes?

Ecoutez Homère:

«Le casque et le bouclier de Diomède jetaient la flamme autour de lui».