«Nous n'avions pas moins de quatre cents vaisseaux, et les ennemis n'en avaient pas plus de deux cents;—mais la grandeur de ces vaisseaux compensait l'infériorité du nombre.
»Ils étaient surmontés de tours à plusieurs étages et semblaient des citadelles ou même des villes flottantes. La mer gémissait sous leur poids et le vent ne suffisait qu'avec peine à les faire mouvoir.
»Les navires d'Octave, légers et exécutant facilement toutes manœuvres, attaquaient, évitaient, se retiraient avec rapidité; ils se réunissaient plusieurs contre une seule de ces énormes masses et les accablaient de traits et de feux lancés de près.»
Il était réservé à l'Italie de fournir un argument aux détracteurs des vaisseaux cuirassés.
Le jeune empereur d'Allemagne, qui s'est montré naguère si désireux d'être empereur que ça ne lui a peut-être pas permis d'être aussi fils qu'il l'eût fallu, se plaît à se produire partout et à toutes les cours, comme une femme qui a une robe neuve et veut la montrer.
Philippe de Commines a dit: «Les accointances des rois ne valent rien pour les peuples».
«Les Sabéens, dit Diodore de Sicile, étaient fort de cet avis.—Le roi auquel ils laissaient un pouvoir absolu tant qu'il restait dans son palais, était assailli de pierres aussitôt qu'il en sortait». On ne voit pas bien quel avantage les rois en tirent eux-mêmes.—On a dit: «Au contraire des statues qui grandissent à mesure qu'on en approche, les hommes se rapetissent vus de trop près.»Cette maxime s'applique surtout aux rois, dont la grandeur doit beaucoup à l'imagination.—De deux souverains dont l'un fait une visite à l'autre, il y en a toujours un qui est plus ou moins humilié de son infériorité et désireux de la faire cesser.
Dernièrement, le jeune empereur d'Allemagne a été visiter et le pape et le roi d'Italie—et, assure-t-on, n'a satisfait ni l'un ni l'autre.
Pendant cette visite, l'Italie qui croit s'acquitter envers la France, à laquelle elle doit d'exister, en se montrant ingrate comme un débiteur qui déchirerait l'obligation qu'il a signée et dirait: «Je ne dois rien;»—l'Italie—qui croit se grandir en se faisant vassale de l'Allemagne, s'est mise en grands frais pour éblouir l'empereur.—Elle lui a fait passer en revue des troupes qui n'ont pas échappé à la critique des officiers prussiens—et a montré sa flotte—avec orgueil.
L'Italie qui, sous le ministère Crispi, s'évertue—ici à moi le latin, selon le précepte de Boileau, quoique les mots dont je veux me servir et que je ne traduirai pas, soient des mots autorisés, comme on dit aujourd'hui et que non-seulement Plaute, mais aussi Pline et Cicéron, les aient écrits—et Victor Hugo a dit bien pis;—l'Italie qui s'évertue à crepitare altius quam habet clunes—a voulu avoir et possède en effet le plus gros vaisseau cuirassé qui existe;—mais—dans l'exhibition qui a été faite à l'empereur d'Allemagne, ce vaisseau n'a pu ni avancer, ni reculer, ni tourner et a fait un fiasco complet.