Vous avez bien inutilement dérangé, ennuyé, troublé, «embêté», beaucoup de témoins qui n'avaient rien vu, de complices qui ne savaient rien ou ne voulaient rien dire, et auxquels vous avez donné deux fois le temps de brûler ou de mettre en sûreté les papiers, «pièces», etc., qui pouvaient les trahir.—Vous avez fait jaser des cochers, des passants et des portières—et, par une étourderie ou par un vertige étrange, vous avez oublié ou négligé les vrais coupables.
Je ne dirai pas les complices du brav'général, mais les vrais coupables; car c'est lui qui n'est que leur complice et qui n'a droit dans la répression qu'à un rang tout à fait subalterne.
Ces vrais coupables, je vais vous les révéler, vous les dénoncer; mais il est bien convenu que vous me laisserez tranquille à mes roses et à mon bateau.
Un de vos principaux chefs d'accusation contre le général Boulanger est la «tentative d'embauchage de l'armée».
Eh bien, oui, il y a eu tentative d'embauchage et tentative suivie d'effet.
Mais cette tentative a été commise par les groupes, par le tas de farceurs qui ont formé un ministère dans lequel ils l'ont fait entrer.—Je ne vous dis pas leurs noms, parce que je ne charge pas ma mémoire des noms de ces gens-là;—mais il vous sera facile de les retrouver.
Ce sont ceux qui, pensant avoir besoin d'un «sabre», ont appelé à eux un général auquel, je l'ai déjà dit, il n'a peut-être manqué que les occasions, mais à qui elles ont tout à fait manqué, pour sortir de la foule des généraux. Un nom sans passé, sans illustration, et ils l'ont choisi exprès dans ces conditions, parce qu'un nom plus éclatant par lui-même, Mac-Mahon, Galliffet, le vieux Canrobert, etc., ou n'auraient pas voulu de l'association, ou n'auraient pas fait espérer d'être un instrument aussi docile, aussi dévoué, aussi obéissant.
Une fois leur homme choisi, ils l'ont traité comme un ballon, comme un pantin de baudruche; ils lui ont appliqué un chalumeau, et se sont mis à souffler de tous leurs poumons pour l'enfler et le grossir; ils lui ont permis, en l'aidant même, de capter la faveur des soldats des chambrées par toutes sortes de menues concessions, de flatteries, et de «douceurs».
C'est là qu'il y a eu embauchage, embauchage du général par ses coministres, embauchage des soldats par le général et surtout par lesdits coministres.
Voilà les vrais coupables, et je n'ai pas ouï dire que vous vous soyez jusqu'ici adressé à eux.