Dans le fameux jugement de Pâris, qui eut pour résultat la ruine de Troie, l'Iliade, l'Odyssée et l'Énéide,—Vénus, malgré sa supériorité sur Junon et Pallas,—eut des doutes au dernier moment, et ne dédaigna pas de corrompre Pâris en lui promettant Hélène!

Les concurrentes—quelles diablesses de femmes peuvent êtres ces concurrentes?—se présenteront-elles aux yeux des juges en grande toilette, ou telles que la peinture nous a si souvent représenté les trois déesses,—seul costume convenable pour un jugement sérieux.—Si les candidates sont vêtues, il ne s'agit plus que du visage, et la tête n'est en hauteur que la septième partie d'une femme bien proportionnée;—si elles sont nues, comme fit la princesse Borghèse devant Canova, laissant la pudeur pour éterniser la beauté, les juges conserveront-ils leur sang-froid?

Les concurrentes elles-mêmes ont-elles des idées suffisamment justes et arrêtées sur les charmes qu'elles apportent au combat? Je soupçonne les femmes de ne pas entendre grand'chose à leur propre beauté.—Autrement permettraient-elles à des modes absurdes—tantôt de leur faire les bras plus gros que la taille, les manches à gigot; tantôt de leur mettre, par les hautes coiffures, les visage au milieu du corps; tantôt de leur faire un gros ventre—ou un gros derrière, que la mode vient placer à sa fantaisie parfois au milieu du dos?

Combien mourraient désespérées dans la nuit si, en se déshabillant le soir telles se trouvaient construites comme elles se sont évertuées à le faire le jour!

Les femmes se scandalisent sans cesse des succès qu'obtiennent auprès des hommes certaines femmes qu'elles déclarent des «laiderons».

C'est qu'il faut diviser la beauté en deux espèces très souvent fort différentes.

Il y a la beauté qui se prouve—et la beauté qui s'éprouve.

La première a des règles fixes souvent imaginées et pour le moins consacrées par les arts;—c'est une question, ou plutôt une grammaire, une syntaxe qui dit inflexiblement comment on doit avoir le front, le nez, les yeux, les hanches, les jambes, les mains, etc.

Mais tout cela réuni peut laisser celles qui le possèdent manquer d'un don qui l'emporte victorieusement sur cette réunion:—c'est le charme,—et c'est ce qui constitue la seconde, c'est-à-dire la beauté qui s'éprouve, qui émeut, qui trouble, qui fascine.

La beauté, qui se prouve et dont les conditions peuvent changer et changent très souvent, exige un petit front, un petit nez droit; elle fixe la dimension et la forme légale des yeux, mais elle ne tient pas compte du regard.