Juvénal nous montre Messaline—préférant un grabat au lit impérial, s'en allant la nuit cachant ses cheveux noirs sous une perruque jaune.
Nigrum flavo crinem abscondante
A une époque où sévissait dans sa plus grande intensité la mode des cheveux rouges, où tant de femmes gâtaient et perdaient de belles chevelures noires, blondes et brunes, les empoisonnant de drogues corrosives, un homme de ma connaissance s'éprit jusqu'à la frénésie d'une jeune fille à la crinière orange qu'il rencontrait dans le monde.—Il faut dire que nous étions en pays italien,—et que, au milieu des teints d'ivoire d'un blanc mat, des cheveux d'un noir reflété de bleu,—des yeux de velours noir, cette peau de l'étoffe et de la couleur des roses pâles comme «le Souvenir de la Malmaison ou le Captain Christy, ces yeux de turquoise, cette abondante chevelure rutilante, il était impossible d'être plus «autre» et d'en bénéficier davantage, et, à ce titre, elle excitait plus d'admiration qu'il ne lui en était légitimement dû.—Un des amis de l'amoureux s'avisa, dans une intention qu'il croyait bonne, de le conduire un jour sans l'avertir, dans un jardin où il savait que la belle rousse avait coutume de se promener tous les matins pour prendre l'air avec toute sa famille; là, il vit non seulement l'objet adoré, mais aussi la mère qui n'allait plus dans le monde et qu'il ne connaissait pas, de même que deux sœurs de la belle qui n'y allaient pas encore, âgées l'une de seize ans, l'autre de quatorze;—plus encore, deux autres petites filles et deux petits garçons, tous avec la même chevelure enflammée; là, au milieu d'eux, tous en restant une jolie fille, comme elle l'était en effet, elle perdit l'avantage de l'étrangeté et du contraste, elle ne restait plus «autre».
L'ami se vanta plus tard d'avoir guéri l'amoureux.
Je ne l'eusse pas fait ni même tenté—estimant, comme je le fais, que l'amour, loin d'être une maladie qu'on doive s'efforcer de guérir, est, au contraire, l'état le plus complet de la pleine et heureuse santé du corps, de l'esprit et de l'âme—et qu'il vaut cent fois mieux un amour, même fou, même malheureux, que pas d'amour.
De même que ce vrai savant, le centenaire Chevreul, avec autant d'esprit que de bon sens en constatant que la science est un chemin dont personne n'a vu la fin,—se dit «le doyen des étudiants» de même, pour ceux qui ont étudié la femme, on est obligé de s'avouer qu'on ne sait pas grand'chose et qu'il faut se dire étudiant de première, de seconde, de trentième, de centième année, ès problèmes sans solution, ès hiéroglyphes indéchiffrables, ès énigmes sans mot dans cette charmante, terrible et périlleuse étude.
On a beau apprendre tous les jours quelque chose, on finit par découvrir qu'on ne sait à peu près rien; cependant, m'étant quelque peu livré à l'attrait de cette étude ardue et vertigineuse, je ne me lasse pas de chercher partout des lumières et même des lueurs; j'en demande même aux saints, et je veux communiquer à mes lecteurs ce que m'ont enseigné et ce que m'ont appris à ce sujet saint Bernard et surtout saint François de Sales.
Saint Bernard tenait pour une œuvre plus miraculeuse que de ressusciter les morts, de converser souvent en termes familiers avec des femmes sans perdre quelque chose de la chasteté du cœur ou quelquefois sans la perdre tout entière.
Un jour, raconte l'évêque de Belley, Pierre Camus, on parlait à saint François de Sales d'une dame de son pays et un peu sa parente, et, comme on disait que c'était la plus belle femme de cette contrée, il se tourna vers moi et me dit: «Je l'ai déjà ouï dire à plusieurs.»—Je lui répondis un peu brusquement: «Vous la voyez souvent, elle est votre parente d'assez proche; comment en parlez-vous ainsi sur le rapport d'autrui?
Il me répondit avec sa simplicité ordinaire: