—«Français et Italiens, soyons toujours unis!»

Ces paroles prononcées—avec intention devant un grand nombre de témoins, me frappèrent;—je les écrivis alors et les publiai;—et je me les rappelle aujourd'hui en pensant que le fils du glorieux fondateur du royaume d'Italie n'aurait certes pas l'approbation de son père.

D'autre part,—je ne pense pas qu'un Français doive—et, conséquemment, puisse porter une décoration italienne, et j'ai détaché de la boutonnière de ma vareuse le ruban vert qui, depuis trente ans, y tenait, le plus souvent il est vrai dans une armoire, compagnie au ruban rouge de France.

Ah çà!—Français, mes frères, est ce que ce peuple auquel on a permis si longtemps de se dire le peuple le plus spirituel de la terre, serait devenu le plus crédule, le plus jobard et le plus gobe-mouches?

Est-ce que, sérieusement, on vous fait croire que vous êtes en république?

La république!—mais laquelle? Ce n'est certes pas celle qui s'intitule «une et indivisible;»—de la pourpre du manteau royal déchiré en lambeaux, une douzaine et demie de petites républiques se sont taillé des carmagnoles et sont plus divisées entre elles, plus ennemies, plus acharnées les unes contre les autres, qu'elles ne l'ont jamais été contre la royauté.—Nous avons la République, mère Gigogne ayant enfanté une famille de petites républicailles.

Puis la République démocratique:—idem sociale;—idem opportuniste;—idem radicale;—idem possibiliste;—idem revisionniste;—idem intransigeante;—idem anarchiste;—idem nihiliste, etc., etc., etc., etc.

Toutes d'accord en un seul point qui a été trahi et dénoncé par la digne moitié d'un de nos maîtres du jour:

«A présent, c'est nous qu'est les princesses, c'est nous qu'est les rois.»

Jamais vous n'avez été si loin de la République qu'aujourd'hui.—Jamais vous n'en avez été si près que sous trois rois;—Henri IV, Louis XVI et Louis-Philippe;—de ces trois rois, deux ont été assassinés et le troisième chassé, après sept tentatives d'assassinat.