Et M. Yves Guyot est reçu dans les villes au bruit du canon.
C'est nous qu'est les rois.
Qui pourrait dire en France qu'il est plus heureux depuis que nous sommes censés en République,—excepté les quelques centaines de naufrageurs qui ont partagé les épaves—et qui n'oseraient pas, ceux-là, prétendre qu'ils ne sont pas heureux des désastres de la patrie; car, sans la tempête qui a troublé et agité les profondeurs, la vase et la fange n'auraient pu monter à la surface sous forme d'écume.
UNE PROPHÉTIE
J'ai lu dernièrement, dans un journal,—je crois bien que c'est dans la Grande Revue—Paris et Saint-Pétersbourg,—que quelques critiques m'accusent de me répéter quelquefois,—et le journal me défendait très gracieusement.
Si vous le permettez, nous allons un peu causer.—Je commencerai, comme font les criminels pour se concilier l'indulgence du juge d'instruction et du tribunal, comme on dit au Palais et dans les journaux judiciaires:—«J'entrerai d'abord dans la voie des aveux;» puis j'essayerai de plaider ma cause et d'obtenir au moins les «circonstances atténuantes.»
Je me répète quelquefois, tantôt sans m'en apercevoir, tantôt avec préméditation.—Voilà quant aux aveux.
J'ai eu pour ami un juge d'instruction. Un jour que j'avais voulu assister à l'interrogatoire qu'il faisait subir à un accusé qui s'embrouilla ou qu'il embrouilla assez vite, je lui fis cette question: «Ne seriez-vous pas bien embarrassé si l'accusé ne vous répondait absolument rien et, à vos questions plus ou moins captieuses, gardait un silence obstiné?—Plus embarrassé, me dit-il, que vous ne sauriez le supposer; mais cela n'est jamais arrivé ni à moi ni à aucun de mes confrères; quelques accusés essayent de ne pas parler, mais ça ne dure pas longtemps. Peut-être suis-je comme eux et aurais-je mieux fait de laisser passer l'accusation sans rien dire; parmi les lecteurs bienveillants, quelques-uns ne s'en seraient pas aperçus ou y attacheraient peu d'importance; quant aux autres, tout ce que je dirais ne convaincrait pas ceux qui ne veulent pas être convaincus.—Mais, puisque j'ai commencé, continuons.
Je voudrais qu'on me montrât un homme, parleur ou écrivain, qui, ayant raconté des histoires et des contes pendant plus de soixante ans, oserait affirmer qu'il ne lui est jamais arrivé de raconter deux fois le même conte ou la même histoire.